Canal C – Salon de l’Habitat groupé où l’on parle des coopératives en Belgique

« Habitat & Participation » organise sa dixième édition wallonne du Salon de l’Habitat groupé, le dimanche 01/12 au CREAGORA à Namur.
Elle sera centrée sur les liens entre activités collectives de production locale et habitat groupé. On y parlera notamment de l’économie sociale, fer de lance d’une autre façon d’appréhender la solidarité et le partage.

 

Une coopérative d’habitants achète un château dans le Gers – Postivr et Oxytanie

L’habitat coopératif peut prendre des formes variées. À L’Isle-Jourdain, une dizaine de familles vient d’acquérir un château. Découverte avec Oxytanie.

Oxytanie

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Cet article vous est proposé en partenariat avec Oxytanie. POSITIVR soutient le journalisme de solutions. – Je m’abonne au magazine Oxytanie

Le château de Panat, dans le Gers, a été racheté par une coopérative d’habitant. Dedans vivent au total quatorze familles. Un reportage à découvrir dans le magazine Oxytanie.

Une imposante bâtisse de 1 500 m2, plus d’une soixantaine de pièces, une tour carrée, un donjon, des tourelles, des gargouilles, un grand escalier en bois derrière lequel se trouve la coursive… « C’est là que passaient les domestiques », précise Armelle en faisant la visite. Tout y est. « Ça part un peu dans tous les sens, sourit-elle. Il y a des parties médiévales, d’autres Renaissance… C’est au goût du XIXe siècle ! » Le marquis et la marquise de Panat, qui ont fait bâtir ce château en plein cœur de L’Isle-Jourdain, en 1880, y ont rassemblé des éléments rappelant leurs souvenirs de voyage, lui donnant une architecture assez délirante et au final, un charme unique.

Les derniers propriétaires, une famille de Floride, venaient seulement une fois par an et n’en occupaient qu’une infime partie. Cela ne va pas durer. S’ils ne sont que quelques-uns à s’être installés en septembre dernier, à terme une trentaine de personnes va vivre au château. Il va être totalement transformé en quatorze logements, du T1 au T5.

Moment convivial sur la magnifique terrasse. En attendant que les logements soient prêts, il n’y a qu’une seule cuisine au château. Une colocation qui doit durer encore une petite année. Photo Julien Rougny/Oxytanie

Un dédale de couloirs et de portes dérobées

Avec Alain, son compagnon, Armelle s’est installée provisoirement dans une chambre lumineuse au premier étage, dans l’aile droite. On y parvient par un dédale de couloirs et des portes dérobées. À force d’arpenter les lieux pour relever les plans des futurs appartements, elle en connaît les moindres recoins. « On en fait des kilomètres ! » Pour l’instant, les habitants partagent une cuisine commune. « On est en mode chantier, c’est un peu la colocation. Mais ensuite, tout le monde sera autonome. Chacun chez soi. »

Dans quelques mois ils l’espèrent, Armelle et Alain devraient s’installer dans leur appartement, au rez-de-chaussée, dans l’aile opposée. Il faudra encore compter une année pour les finitions. Les deux plus grandes salles, la salle à manger et la bibliothèque, seront conservées pour en faire des espaces communs, en plus de l’atelier, de la laverie, des chambres d’amis et d’un espace associatif ouvert sur l’extérieur.

Pour l’instant, c’est dans la bibliothèque que les nouveaux habitants aiment se retrouver. Si les lustres éclatants et une partie du mobilier ancien ont été vendus, la pièce a gardé tout son cachet avec ses étagères qui montent jusqu’au plafond, ses boiseries sombres, son large vitrail et ses multiples entrées. Quand ils ne glissent pas sur les larges planchers des salles de réception, les deux premiers enfants qui habitent au château, Milena et Corto, aiment aussi jouer sur ses épais tapis un peu désuets. « Quand on vivait à Paris, on ne connaissait jamais nos voisins, confie leur maman, Marie. Ici on veut retrouver l’ambiance village tout en restant autonome. C’est un peu comme un immeuble vivant, avec des gens qui se parlent et des parties communes un peu plus importantes. » La petite famille s’est installée provisoirement dans un logement au rez-de-chaussée, avec accès direct à la cour, où vient d’être installé un poulailler.

La bibliothèque est la plus grande pièce du château, impressionnante et chaleureuse avec ses boiseries et ses vitraux qui laissent peu filtrer la lumière. Comme la salle de réunion attenante où les habitants se réunissent pour des réunions de travail ou des moments festifs, elle va rester en l’état. Photo Julien Rougny / Oxytanie

« Quand on vivait à Paris, on ne connaissait jamais nos voisins. Ici on veut retrouver l’ambiance village tout en restant autonomes. C’est un peu comme un immeuble vivant, avec des gens qui se parlent et des parties communes un peu plus importantes. »

Si les coopératives d’habitants sont encore peu nombreuses en France (huit en fonctionnement, une soixantaine en travaux ou en projet), Alter Habitat Lislois est sûrement la seule à s’être installée dans un château. Il faut dire qu’on est loin du projet initial d’auto-construction en terre-paille imaginé par l’association depuis 2011 ! « La municipalité nous a proposé un terrain à l’extérieur de la ville mais ça traînait, rien n’avançait, explique Marie. L’attente était dure, ça a fragilisé le groupe, certains sont partis, d’autres sont arrivés. On a réfléchi à des plans B, individuels et collectifs, mais on se voyait difficilement aller ailleurs, on ne voulait pas partir de L’Isle-Jourdain. Et puis en janvier dernier, on a appris que le château de Panat était à vendre. On ne s’était jamais projetés ici mais c’était un bien hyper rare, qui correspondait à ce qu’on recherchait. Trois jours après, on faisait une offre d’achat au prix sans même l’avoir visité. » En mai, ils signaient le compromis de vente ; et en septembre, les premiers habitants s’installaient.

Ils paient un loyer selon leur revenu

Outre sa localisation, le château a plusieurs avantages : toute une partie est déjà habitable et surtout, le bâtiment n’est pas classé. Les anciens propriétaires avaient même refait les toitures. Quand on connaît la valeur du bien, cela représente une sacrée économie. Coût total du projet : 1,5 million d’euros, soit 1 million pour le bâtiment et 500 000 euros de travaux. Pour porter le futur emprunt, les travaux et l’exploitation du château, les habitants ont créé une société coopérative, chacun participant selon ses moyens par l’achat de parts sociales. Mais avec plusieurs centaines de milliers d’euros ainsi réunis, ils ne s’attendaient pas à rencontrer une telle frilosité chez les banques. « On les a toutes vues ! Il suffisait de dire le mot château ou le mot coopérative, et c’était un non catégorique. Il a fallu un nouvel apport extérieur pour débloquer la situation, explique Marie. On n’a pu compter que sur nous, on n’a eu droit à aucune aide*. L’habitat participatif est encore assez récent et ne rentre dans aucune case. Alors qu’au final on remplit pleins de critères : on fait de la réhabilitation, du logement social, on redensifie le centre-ville… » Par ailleurs, le modèle de coopérative d’habitants empêche toute spéculation immobilière à la revente. Autre particularité du projet : « Nous sommes sûrement la seule coopérative locative de France, ajoute Armelle. Nous ne sommes pas propriétaires de notre logement mais on a un droit d’usage et on paie un loyer, fixé en fonction du revenu et de la composition du foyer, comme dans le logement social. Ça signifie par exemple que quand les enfants sont grands, on peut déménager pour un appartement plus petit. »

Au pied de la tour carrée, la verrière va rester en l’état. « On devrait simplement y mettre un fauteuil et quelques plantes cet hiver », confie Armelle, qui aime venir là se ressourcer et chanter, comme d’autres membres du groupe, car l’acoustique y est exceptionnelle. Photo Julien Rougny/Oxytanie

« On a fait au plus pratique. On est partis des salles de bains et toilettes – il y en a une dizaine – puis on a imaginé les logements entre les gros murs. Certains T2 font 50 m2, d’autres 70 m2. L’objectif, c’est de s’adapter le plus possible à l’existant pour limiter les travaux. Ça donne des logements très différents, mais chacun avec ses avantages et ses inconvénients. »

Les habitants ont également réservé un des futurs appartements pour une association d’insertion par le logement. « On ne s’est pas connus parce qu’on était des amis mais par des valeurs communes, continue la jeune retraitée. La solidarité est au cœur du projet. Pour nous, il est important que tout le monde trouve sa place, quelles que soient ses capacités financières. »

S’adapter à l’existant

Mais comment aménager des logements dans un château du XIXe siècle ? « On a fait au plus pratique. On est partis des salles de bains et toilettes – il y en a une dizaine – puis on a imaginé les logements entre les gros murs. Certains T2 font 50 m2, d’autres 70 m2. L’objectif, c’est de s’adapter le plus possible à l’existant pour limiter les travaux. Ça donne des logements très différents, mais chacun avec ses avantages et ses inconvénients. Tout le monde a choisi celui qui lui convenait en bonne intelligence. »
Si le bâtiment existant en brique et en bois est globalement en bon état, les travaux sont conséquents : il faut également isoler les toitures, installer une chaudière performante dans une nouvelle chaufferie au pied de la tour, remplacer une partie des fenêtres, etc. Avec un maître-mot : sobriété économique et énergétique. Des filières locales et des matériaux écologiques (bois, fibres végétales, enduits en terre), et pour limiter les coûts, de l’auto-rénovation : les habitants assurent la plus grosse partie des travaux eux-mêmes.

Toutes les décisions importantes sont prises en commun, dans différentes commissions. « Moi qui suis une des plus âgées, ça me permet de rester jeune ! », confie Christine, qui aime vivre dans cette « ruche ». « Au départ, j’étais réticente. En plus, il y a château et château… Et celui-là est un vrai château ! Mais j’ai accepté pour le groupe. Et au final je ne le regrette pas, je commence même à me sentir à la maison. » Pareil pour Michel et Marie-France, qui viennent de Pau. Ils ont été les premiers à dormir ici, non sans appréhension. « On s’est dit, est-ce qu’on va être à l’aise ? Est-ce qu’on ne va pas avoir froid ? En fait, c’est très agréable de vivre ici, c’est très chaleureux », glisse Marie-France en s’attelant à la préparation du repas dans la cuisine commune. L’habitat participatif, « si ça n’est pas bâti sur du solide, ça ne marche pas », fait remarquer son époux.
Loin d’être les utopistes que les personnes de l’extérieur s’imaginent parfois, les nouveaux châtelains ne ménagent pas leurs efforts pour inventer de nouvelles façons de vivre ensemble. « C’est un peu comme quand on marche en montagne, note Marie-France. On croit arriver au sommet mais quand on s’approche on se rend compte qu’il est encore loin derrière et qu’avant de l’atteindre il va encore falloir grimper une nouvelle colline. »

* Précisons que l’association a reçu le soutien de la Fondation de France et, grâce à la plateforme Les Petites Pierres, va pouvoir financer un élévateur qui permettra de rendre les parties communes accessibles aux personnes à mobilité réduite.

Quand le JT de France 2 débarque chez toi, c’est branle-bas de combat.

Entre un pique-nique d’îlot, une plénière triage, un repas partagé et un atelier cooptation, pendant que nos chers voisins transbahutaient les encombrants du grand rangement du local vélo, les caméras étaient là. Heureusement, pas de commandes groupées ou AMAPs à gérer ce jour-là !

Mais le collectif gère. Le groupe s’auto-anime, et les volontaires, Tess, Stéphane, Marion se prêtent au jeu de la mise en scène, de la simplification. Chapeau-bas à Christelle Meral la journaliste et à Guillaume Marque JRI (Journaliste Reporter d’Image) pour avoir su synthétiser en moins de 5 minutes notre projet et le porter au Grand public.

Seul regret, les rushs sont propriétés de France 2. Ils finiront supprimés et dans notre esprit coopératif, on aurait bien partagé avec vous nos réflexions sur l’écologie, l’importance de lutter contre la spéculation immobilière, l’étalement urbain, l’indispensable soutien des collectivités à cet œuvre d’intérêt général et de plaisir de vivre ensemble dans nos quartiers, sur nos paliers.

Sur notre page YouTube

La Dépêche : Toulouse. Architecture : sept projets haut-garonnais retenus pour le prix public Occitanie

l’essentiel7 des 11 projets en lice pour le prix public Occitanie d’architecture 2019 qui sera remis le 18 octobre à la Cour Baragnon à Toulouse sont des réalisations du département.

https://www.ladepeche.fr/2019/10/14/architecture-sept-projets-haut-garonnais-retenus-pour-le-prix-public-occitanie,8478411.php

Habiter autrement – France 5

HABITER AUTREMENT

Réalisé par : Sam Caro Diffusion : 23 juillet / France 5 / 52′

Comme le prouvent chaque jour de nombreux Français qui travaillent, habitent et consomment autrement, un autre monde est possible.

Mascobado et Abricoop y sont à l’honneur !

Ces diverses initiatives dessinent une France pleine d’allant, rayonnante et optimiste. Antoine Leiris, auteur de Vous n’aurez pas haine et du documentaire éponyme diffusé en 2016, présente des initiatives locales exemplaires qui vont dans le sens du bien commun et de l’intérêt collectif.

Il part à la rencontre de personnes qui ont décidé d’habiter autrement dans différentes villes de France. Ils ont choisi de construire ensemble (habitat communautaire, coopératives…), opté pour la vie dans une yourte ou ont bati leur propre maison. LEs chemins pour « habiter autrement » sont parfois longs et difficiles mais ces expériences humaines sont toujours riches et pleines d’espoir.

Voir la vidéo en ligne :  https://vimeo.com/267553447/9ec80e535d

BOUDU : Abricoop : vivre l’utopie coopérative

Abricoop : vivre l’utopie coopérative

PAR Julie GUÉRINEAU | Photographie de Rémi BENOIT
Temps de lecture 6 min

A retrouver sur http://www.boudulemag.com/2019/04/abricoop-vivre-lutopie-cooperative/

Il y a tout juste un an, la trentaine de pionniers d’Abricoop emménageait enfin à la Cartoucherie, dans l’immeuble dont elle avait tant rêvé : un bâtiment pensé et géré par leur coopérative d’habitants. Et la concrétisation de dix ans d’espoirs et de coups durs pour donner naissance à l’un des premiers habitats coopératifs de France. Pendant douze mois, Boudu s’est invité aux réunions, aux inaugurations, aux barbecues et aux apéros pour voir si la vie quotidienne était à la hauteur de l’utopie. Retour sur un an de tableurs Excel, de joies, d’anicroches, de sobriété heureuse et de consensus mou.

En ce samedi de fin mai, les 4 Vents ont pris des airs de fête de village. Au pied des quatre immeubles flambant neufs posés autour d’une grande pelouse, les fanions colorés dansent au gré des rafales, et les enfants batifolent. Dans cet îlot participatif du quartier de la Cartoucherie, à deux pas du Zénith, c’est journée portes ouvertes. Ce jour-là plus de 200 personnes défileront pour visiter cette copropriété atypique.

Le participatif, ça demande du temps, de la pédagogie, un effort de la part de tous. Et plus les sujets sont compliqués, plus il faut prendre le temps d’en discuter.

Voulu par Toulouse Métropole en 2013 et livré par le Groupe des Chalets en mars 2018, les 4 Vents sont le plus grand projet participatif en France (89 logements – 1485m2). Tous les habitants, locataires ou propriétaires, y partagent notamment des espaces communs : atelier, salle de musique… Au sein de cet ensemble, l’immeuble d’Abricoop va plus loin : il est coopératif. Les 17 appartements et les espaces communs appartiennent et sont gérés collectivement par une coopérative de 23 habitants qui planchent sur ce projet depuis 2008. Le bâtiment a été conçu avec une architecte selon leurs besoins, et les Abricoopains gérent ensemble leur immeuble, l’objectif étant d’établir un modèle non spéculatif pour une juste répartition des dépenses.

Les habitants arrivent avec un apport variable (aujourd’hui de 1000 à 100 000 euros), qu’ils transforment en parts sociales de la coopérative. Ils paient ensuite une redevance mensuelle pour rembourser l’emprunt contracté par la coopérative, et couvrir les frais de fonctionnement de l’immeuble. Ce loyer est calculé en fonction des moyens de chacun, de 7 à 14 euros le mètre carré. Si un habitant part ou décède, ses parts ne sont pas cessibles. Elles sont rachetées par la coopérative sans plus-value, et revendues au même prix à un nouvel arrivant coopté par les habitants. Aucune possibilité de transmission aux héritiers. Aucune possibilité de spéculation. Abricoop est pionnier en France. Et l’un des rares projets du genre à avoir vu le jour. La faute à la lenteur de ce type d’initiatives, aux obstacles administratifs, aux retards dans les travaux et aux rapports humains parfois difficiles. D’ailleurs, plusieurs fondateurs d’Abricoop ont quitté le projet. « Des années assez chaudes ! On a tremblé jusqu’à la fin ! », souligne Pierre Négrel, l’un des Abricoopains.

Mais le projet a finalement vu le jour, et en ce matin de mai, Pierre joue les guides. Les visiteurs ont fait le déplacement depuis la France entière. Beaucoup sont déjà engagés dans un projet coopératif et viennent ici en quête d’inspiration. Pierre commence la visite par les espaces partagés, conçus pour libérer de l’espace dans les appartements et en réduire la surface et le coût. Avec sa cuisine, sa longue table et ses canapés confortables, la salle commune accueille les soirées cinéma et jeux de société, les réunions, les anniversaires et les repas avec la famille et les amis pour ceux dont l’appartement est trop petit. Toujours dans l’optique d’optimiser les appartements, les Abricoopains partagent aussi trois chambres d’amis, un espace de stockage, deux grands congélateurs, une buanderie, et un toit-terrasse à la vue panoramique sur le quartier, taillé pour les soirées barbecue.

Une volée de marches plus bas, les visiteurs finissent le tour du propriétaire par l’appartement de Pierre, un T3 traversant de 55m2 avec vue imprenable sur le Zénith. Une odeur de neuf et de peinture flotte dans l’air. Le petit groupe repart conquis, décidé à mener à bien ses propres projets.

Utopie Concrète

Un mois plus tard, l’autan a laissé place à une chaleur écrasante. Les habitants sont en tenue décontractée. Le gratin en costume a tombé la veste. Le ruban est coupé, et les immeubles officiellement inaugurés. L’appartement de Pierre Négrel est, une fois de plus, plein à craquer. Les discours officiels saluent le caractère innovant des 4 Vents. Jean-Luc Moudenc y voit « une solution pour concilier les contingences économiques et l’humanisme dans une société qui met en opposition l’économie et le social », et qualifie les habitants de « pionniers ». Au micro, les Abricoopains y voient, eux, « la réalisation d’une utopie concrète ».

Pour beaucoup d’entre eux, emménager ici, c’est un changement de vie. Presque un nouveau projet de société : « Comme beaucoup ici, on est plutôt à gauche. Avec ce projet on peut sortir de la spéculation financière et du capitalisme, et créer quelque chose qui durera longtemps après nous », explique Marie-Ange Amiel, orthophoniste de 63 ans, qui a été la dernière à rejoindre Abricoop avec son mari, Patrick. Le couple, qui roulait au GPL et mangeait bio « quand tout le monde s’en foutait », a vendu sa maison de Villefranche-de-Lauragais pour rejoindre le projet. « C’est aussi une façon de ne pas vieillir seuls », confient-ils.

C’est également l’une des raisons qui ont convaincu Jean Grandin, 82 ans et doyen de l’immeuble. Ancien ingénieur au ministère de l’Agriculture, il a planché sur plusieurs projets d’habitats participatifs intergénérationnels. Mais en dehors d’une maison de vacances qu’il partage avec huit amis depuis 1996, celui-ci est le seul à avoir abouti. Pour lui aussi, il s’agit de repenser les schémas en vigueur dans notre société. « Aujourd’hui, le grand rêve, c’est d’être propriétaire et de léguer son bien à ses enfants. Mais dans une société où tout le monde bouge, ça n’a plus aucun sens ! »

Pour d’autres, ce modèle d’habitat a permis d’accéder à un logement plus grand et mieux conçu que ce qu’ils auraient pu s’offrir dans le parc immobilier classique. Ou de retrouver une solidarité et des relations humaines devenues de plus en plus rares dans les copropriétés traditionnelles : « On était frustrés de ne pas avoir de relations avec nos voisins. Ici, il y a un aspect humain très fort qui nous convient parfaitement », assure Élodie Vollet, ingénieure chez Airbus (« il en fallait bien une dans le lot ! »), qui vit là avec son compagnon et ses trois jeunes garçons.

Loyer de la discorde

Septembre 2018. L’été touche à sa fin et avec lui la saison des barbecues sur le toit-terrasse. Six mois après l’emménagement, dans la salle commune, des jeux de société et des livres pour enfants remplissent désormais les étagères. On a bricolé un bar en caisses de vin, et de la vaisselle sèche sur l’évier. Il est 20 heures. La bouilloire chauffe pour la tisane pendant que tous s’installent face à l’écran de projection. Ce soir pas de film, mais un tableur Excel. On va discuter du sujet qui fâche. Trois fois par mois, les Abricoopains se retrouvent pour échanger autour des gros problèmes et des petits pépins.  Ce soir-là, il est question des loyers. Fixés en fonction des revenus de chacun, ils doivent couvrir les frais mensuels de la coopérative. Mais depuis les premiers calculs, les revenus et situations familiales de certains foyers ont évolué (naissances, départs à la retraite, perte d’emploi). De quoi rebattre les cartes puisque pour payer tous les frais, la baisse du loyer de certains entraînera une hausse pour d’autres. Alors faut-il réviser les redevances ? Sur quels critères ? Jusqu’où chacun est-il prêt à aller pour le bien de la communauté ? Le sujet, sensible, a déjà poussé un couple à quitter le projet, et échauffe régulièrement les esprits les plus apaisés. Sur le fichier Excel, les revenus annuels des ménages et le montant de leur loyer (de 360 à 1070€) s’affichent aux yeux de tous. Selon les premières pistes de travail, les changements de situation pourraient faire varier les loyers de -50€ à +60€ mensuels. Les visages se crispent. « Je ne pensais pas qu’on allait se retrouver devant un tableau Excel. Je pensais qu’on allait parler de valeurs ! ». Un tour de table houleux se lance en même temps qu’une deuxième tournée de tisane. Certains prônent la solidarité, d’autres défendent l’équité. Aux « Ça me gêne qu’on parte du principe que tout le monde acceptera de payer plus à chaque fois qu’on le lui demandera », répondent des « Ça me chagrine de payer moins. Il y aurait un peu plus de solidarité que ce ne serait pas plus con, non ? ». Le débat piétine.  « Il y a des sujets comme ceux-là sur lesquels il est difficile de se mettre d’accord parce que ce sont des valeurs qui s’opposent. Et personne n’a tort ou raison », analyse Sylvain Guignard, ingénieur en reconversion.

Même s’il est tard, pas question de se coucher avant un dernier tour de table pour faire un point sur le ressenti de chacun. Certains sont rassurés par le ton « plus ouvert et constructif » des discussions, et font « confiance à l’intelligence collective du groupe ». D’autre se disent « en colère », ou « inquiets de devoir trouver un consensus avec des opinions qui divergent tellement ». « On ne pourra pas trouver mieux qu’un système de solidarité à 60 millions de personnes. On peut essayer de repenser les modèles, mais pas forcément tout, tout le temps », glisse un autre. Avant qu’un dernier conclue par une forme d’avertissement : « S’il y a des gens pour lesquels certaines choses sont intenables, il faudra partir. Ça se voit dans tous les projets d’habitats participatifs ». À 23h20, il n’y a plus de tisane, il est temps d’aller se coucher. Rendez-vous est donné la semaine suivante pour poursuivre la discussion.  « Le participatif, ça demande du temps, de la pédagogie et un effort de la part de tous pour faire évoluer les points de vue. Surtout sur des sujets comme ceux-là qui touchent à l’intime, au rapport à l’argent », observe élodie.

Tensions et tartes aux légumes

Quelques jours plus tard, le groupe est à nouveau réuni dans la salle commune. Exit la tisane et l’ambiance lourde, place aux tartes aux légumes et aux jus de fruits bio. Les enfants courent et, en petits groupes, on discute de l’insouciance de la jeunesse, du nucléaire et de l’écologie tendance De Rugy. Ce soir, LE sujet de la discorde n’est pas à l’ordre du jour. Une fois par mois, pour évacuer les tensions et régler rapidement les petits problèmes de la vie courante, les Abricoopains se réunissent pour échanger. On y souligne les raisons de se réjouir : les voisins qui dépannent, la joie de voir les enfants jouer devant chez soi, la nouvelle pergola pour la terrasse, la carte d’anniversaire signée par les voisins, le nouveau salon de thé qui a ouvert pas loin. Puis on partage mécontentements et inquiétudes : les sanitaires et les draps de la chambre d’amis qu’il faudrait nettoyer après le passage de ses invités, la poignée de la chambre qui ne marche plus, les voisins qui ne s’impliquent pas assez, la saleté du quartier, les discussions WhatsApp qui laissent les aînés sur le carreau et leur font rater des apéros, la nécessité d’inclure davantage les autres habitants des 4 Vents… Dans la foulée, on prend des décisions pour résoudre au plus vite les problèmes courants qui sont évacués en quelques instants.

Mais en fin de soirée, LE sujet, toujours sous-jacent, ressurgit dans la bouche de Jean. « Abricoop nage dans un océan de louanges parce qu’on a réussi à construire le bâtiment. On vient nous voir, on nous adule. Et pourtant, on n’arrive pas à se mettre d’accord sur des points essentiels comme la redevance. Je suis alarmé par le fait qu’il n’y ait pas de pilote dans l’avion, et que ce soit le consensus mou qui fasse office de décision. C’est bien de parler du passé. C’est mieux de bien parler du futur ! ». Il est 22h15, la séance est levée.

Aucun regret

Janvier 2019. Dans les appartements, les odeurs de peinture se sont dissipées et les derniers cartons vidés. Le débat sur les loyers, lui, n’est pas encore réglé. Pas de quoi entamer l’enthousiasme des Abricoopains. Aucun ne regrette d’avoir embarqué dans cette aventure à part. « Nous ne sommes pas tous amis, mais il y a une relation très spéciale, solidaire et bienveillante. Pendant les réunions, c’est parfois le pire de chacun qui ressort. Mais quand je rentre dans l’immeuble, j’ai d’abord le sentiment de rentrer chez nous, avant de rentrer chez moi », souligne Marie-Ange. Avec son mari, à l’approche de la retraite, et malgré la réticence de leurs enfants, ils ne regrettent pas d’avoir quitté leur grande maison pour emménager dans un appartement bien plus petit et dépouillé. « On ne pouvait rêver meilleure retraite : une retraite sur le chemin de l’anticapitalisme, de la solidarité, de l’écologie. »

De leur côté, Élodie, Stéphane et leurs trois enfants ont trouvé la chaleur humaine et la solidarité qui leur manquaient tant : « Les enfants vont jouer les uns chez les autres. On trouve toujours un voisin pour les garder quand on va faire une course ou qu’on sort, et on trouve toujours une façon de rendre service à notre tour. » L’expérience a aussi eu des effets imprévus sur leur façon de voir les choses.  « Là où autrefois on faisait des choix de vie sans vraiment se demander pourquoi,  aujourd’hui, en étant confrontés à d’autres points de vue, on s’interroge davantage sur nos décisions et nos positionnements ». En discutant avec d’autres habitants, le couple a ainsi renoncé à mettre ses enfants dans une école alternative et les a inscrits à l’école publique, de l’autre côté de la rue. « Pour faire changer le modèle dominant sans se mettre en marge », sourit Elodie avant de s’éclipser pour aller préparer la salle commune avant l’anniversaire de son fils.

Abricoop a aussi bouleversé les projets professionnels de plusieurs habitants, aujourd’hui en reconversion pour mener des projets coopératifs, collaboratifs, ou solidaires. Comme Sylvain, qui cherche à se reconvertir dans l’économie sociale et solidaire : « Mais je suis face à un paradoxe. Aujourd’hui, nous avons de hauts revenus donc notre loyer est élevé. Ce qui est normal. Mais si on veut aller vers une sobriété heureuse et que l’on baisse nos revenus, ça aura un impact négatif sur les redevances des autres habitants. Et je ne veux pas être un poids pour le reste du groupe. »

Jean a lui aussi quelques inquiétudes. « C’est une résidence où il est extrêmement agréable de vivre. Ensemble, nous avons pris des décisions héroïques. On se connaît très bien alors la vie est facile. Mais le futur incertain m’interpelle. On discute à perte de vue et rien n’avance. Mais on ne peut pas vivre au jour le jour. Si rien n’est décidé, on prend des risques pour les finances du futur. » Malgré l’avertissement de Jean, Sylvain n’est pas inquiet. « Oui, il y a encore du boulot. Mais ça va devenir de plus en plus fluide. En Suisse, j’ai visité une coopérative où il n’y a plus besoin que d’une réunion tous les 6 mois. Il nous faut juste un peu de temps. »

 

Radio Climat – Fred – Podcast Abricoop

Abricoop était l’invité de Radio Climat, ça chauffe!

Cette émission,  animée par l’association Fredd, Sur le développement durable et les initiatives de la transition écologique dans la région toulousaine mais aussi sur le cinéma et l’audiovisuel, rythmé par des musiques engagées!

Tous les mardis sur Canal Sud, de 14h à 14h30

à écouter en direct sur 92.2 FM ou www.canalsud.net

canal sud web

Retrouver le podcast sur sound cloud

 

 

Le Figaro Particulier : Vous laisserez-vous tenter par l’habitat participatif ?

L’habitat participatif offre plus qu’un logement

Votre résidence n’a pas d’âme. Vous regrettez de ne pas connaître les autres occupants de votre immeuble. Vous souffrez du manque de lien social. Pourquoi ne pas vous associer entre amis pour concevoir un cadre de vie commun ?

Vous entendez habitat participatif et vous pensez « bobo » parisien ou soixante-huitard ? Vous n’y êtes pas ! En vogue depuis plusieurs décennies dans les pays d’Europe du Nord, comme l’Allemagne ou la Suède, le concept gagne l’Hexagone où il séduit différentes tranches d’âge et catégories sociales. L’idée est séduisante : se réunir entre amis ou connaissances ayant les mêmes affinités pour trouver un terrain, concevoir les logements en les adaptant aux envies et besoins de chacun, et imaginer une manière de vivre autrement, en recréant du lien social. Découvrez cette opération d’un nouveau genre.

Retrouvez l’article en ligne : http://leparticulier.lefigaro.fr/article/l-habitat-participatif-offre-plus-qu-un-logement/