La Dépêche : Toulouse. Architecture : sept projets haut-garonnais retenus pour le prix public Occitanie

l’essentiel7 des 11 projets en lice pour le prix public Occitanie d’architecture 2019 qui sera remis le 18 octobre à la Cour Baragnon à Toulouse sont des réalisations du département.

https://www.ladepeche.fr/2019/10/14/architecture-sept-projets-haut-garonnais-retenus-pour-le-prix-public-occitanie,8478411.php

BOUDU : Abricoop : vivre l’utopie coopérative

Abricoop : vivre l’utopie coopérative

PAR Julie GUÉRINEAU | Photographie de Rémi BENOIT
Temps de lecture 6 min

A retrouver sur http://www.boudulemag.com/2019/04/abricoop-vivre-lutopie-cooperative/

Il y a tout juste un an, la trentaine de pionniers d’Abricoop emménageait enfin à la Cartoucherie, dans l’immeuble dont elle avait tant rêvé : un bâtiment pensé et géré par leur coopérative d’habitants. Et la concrétisation de dix ans d’espoirs et de coups durs pour donner naissance à l’un des premiers habitats coopératifs de France. Pendant douze mois, Boudu s’est invité aux réunions, aux inaugurations, aux barbecues et aux apéros pour voir si la vie quotidienne était à la hauteur de l’utopie. Retour sur un an de tableurs Excel, de joies, d’anicroches, de sobriété heureuse et de consensus mou.

En ce samedi de fin mai, les 4 Vents ont pris des airs de fête de village. Au pied des quatre immeubles flambant neufs posés autour d’une grande pelouse, les fanions colorés dansent au gré des rafales, et les enfants batifolent. Dans cet îlot participatif du quartier de la Cartoucherie, à deux pas du Zénith, c’est journée portes ouvertes. Ce jour-là plus de 200 personnes défileront pour visiter cette copropriété atypique.

Le participatif, ça demande du temps, de la pédagogie, un effort de la part de tous. Et plus les sujets sont compliqués, plus il faut prendre le temps d’en discuter.

Voulu par Toulouse Métropole en 2013 et livré par le Groupe des Chalets en mars 2018, les 4 Vents sont le plus grand projet participatif en France (89 logements – 1485m2). Tous les habitants, locataires ou propriétaires, y partagent notamment des espaces communs : atelier, salle de musique… Au sein de cet ensemble, l’immeuble d’Abricoop va plus loin : il est coopératif. Les 17 appartements et les espaces communs appartiennent et sont gérés collectivement par une coopérative de 23 habitants qui planchent sur ce projet depuis 2008. Le bâtiment a été conçu avec une architecte selon leurs besoins, et les Abricoopains gérent ensemble leur immeuble, l’objectif étant d’établir un modèle non spéculatif pour une juste répartition des dépenses.

Les habitants arrivent avec un apport variable (aujourd’hui de 1000 à 100 000 euros), qu’ils transforment en parts sociales de la coopérative. Ils paient ensuite une redevance mensuelle pour rembourser l’emprunt contracté par la coopérative, et couvrir les frais de fonctionnement de l’immeuble. Ce loyer est calculé en fonction des moyens de chacun, de 7 à 14 euros le mètre carré. Si un habitant part ou décède, ses parts ne sont pas cessibles. Elles sont rachetées par la coopérative sans plus-value, et revendues au même prix à un nouvel arrivant coopté par les habitants. Aucune possibilité de transmission aux héritiers. Aucune possibilité de spéculation. Abricoop est pionnier en France. Et l’un des rares projets du genre à avoir vu le jour. La faute à la lenteur de ce type d’initiatives, aux obstacles administratifs, aux retards dans les travaux et aux rapports humains parfois difficiles. D’ailleurs, plusieurs fondateurs d’Abricoop ont quitté le projet. « Des années assez chaudes ! On a tremblé jusqu’à la fin ! », souligne Pierre Négrel, l’un des Abricoopains.

Mais le projet a finalement vu le jour, et en ce matin de mai, Pierre joue les guides. Les visiteurs ont fait le déplacement depuis la France entière. Beaucoup sont déjà engagés dans un projet coopératif et viennent ici en quête d’inspiration. Pierre commence la visite par les espaces partagés, conçus pour libérer de l’espace dans les appartements et en réduire la surface et le coût. Avec sa cuisine, sa longue table et ses canapés confortables, la salle commune accueille les soirées cinéma et jeux de société, les réunions, les anniversaires et les repas avec la famille et les amis pour ceux dont l’appartement est trop petit. Toujours dans l’optique d’optimiser les appartements, les Abricoopains partagent aussi trois chambres d’amis, un espace de stockage, deux grands congélateurs, une buanderie, et un toit-terrasse à la vue panoramique sur le quartier, taillé pour les soirées barbecue.

Une volée de marches plus bas, les visiteurs finissent le tour du propriétaire par l’appartement de Pierre, un T3 traversant de 55m2 avec vue imprenable sur le Zénith. Une odeur de neuf et de peinture flotte dans l’air. Le petit groupe repart conquis, décidé à mener à bien ses propres projets.

Utopie Concrète

Un mois plus tard, l’autan a laissé place à une chaleur écrasante. Les habitants sont en tenue décontractée. Le gratin en costume a tombé la veste. Le ruban est coupé, et les immeubles officiellement inaugurés. L’appartement de Pierre Négrel est, une fois de plus, plein à craquer. Les discours officiels saluent le caractère innovant des 4 Vents. Jean-Luc Moudenc y voit « une solution pour concilier les contingences économiques et l’humanisme dans une société qui met en opposition l’économie et le social », et qualifie les habitants de « pionniers ». Au micro, les Abricoopains y voient, eux, « la réalisation d’une utopie concrète ».

Pour beaucoup d’entre eux, emménager ici, c’est un changement de vie. Presque un nouveau projet de société : « Comme beaucoup ici, on est plutôt à gauche. Avec ce projet on peut sortir de la spéculation financière et du capitalisme, et créer quelque chose qui durera longtemps après nous », explique Marie-Ange Amiel, orthophoniste de 63 ans, qui a été la dernière à rejoindre Abricoop avec son mari, Patrick. Le couple, qui roulait au GPL et mangeait bio « quand tout le monde s’en foutait », a vendu sa maison de Villefranche-de-Lauragais pour rejoindre le projet. « C’est aussi une façon de ne pas vieillir seuls », confient-ils.

C’est également l’une des raisons qui ont convaincu Jean Grandin, 82 ans et doyen de l’immeuble. Ancien ingénieur au ministère de l’Agriculture, il a planché sur plusieurs projets d’habitats participatifs intergénérationnels. Mais en dehors d’une maison de vacances qu’il partage avec huit amis depuis 1996, celui-ci est le seul à avoir abouti. Pour lui aussi, il s’agit de repenser les schémas en vigueur dans notre société. « Aujourd’hui, le grand rêve, c’est d’être propriétaire et de léguer son bien à ses enfants. Mais dans une société où tout le monde bouge, ça n’a plus aucun sens ! »

Pour d’autres, ce modèle d’habitat a permis d’accéder à un logement plus grand et mieux conçu que ce qu’ils auraient pu s’offrir dans le parc immobilier classique. Ou de retrouver une solidarité et des relations humaines devenues de plus en plus rares dans les copropriétés traditionnelles : « On était frustrés de ne pas avoir de relations avec nos voisins. Ici, il y a un aspect humain très fort qui nous convient parfaitement », assure Élodie Vollet, ingénieure chez Airbus (« il en fallait bien une dans le lot ! »), qui vit là avec son compagnon et ses trois jeunes garçons.

Loyer de la discorde

Septembre 2018. L’été touche à sa fin et avec lui la saison des barbecues sur le toit-terrasse. Six mois après l’emménagement, dans la salle commune, des jeux de société et des livres pour enfants remplissent désormais les étagères. On a bricolé un bar en caisses de vin, et de la vaisselle sèche sur l’évier. Il est 20 heures. La bouilloire chauffe pour la tisane pendant que tous s’installent face à l’écran de projection. Ce soir pas de film, mais un tableur Excel. On va discuter du sujet qui fâche. Trois fois par mois, les Abricoopains se retrouvent pour échanger autour des gros problèmes et des petits pépins.  Ce soir-là, il est question des loyers. Fixés en fonction des revenus de chacun, ils doivent couvrir les frais mensuels de la coopérative. Mais depuis les premiers calculs, les revenus et situations familiales de certains foyers ont évolué (naissances, départs à la retraite, perte d’emploi). De quoi rebattre les cartes puisque pour payer tous les frais, la baisse du loyer de certains entraînera une hausse pour d’autres. Alors faut-il réviser les redevances ? Sur quels critères ? Jusqu’où chacun est-il prêt à aller pour le bien de la communauté ? Le sujet, sensible, a déjà poussé un couple à quitter le projet, et échauffe régulièrement les esprits les plus apaisés. Sur le fichier Excel, les revenus annuels des ménages et le montant de leur loyer (de 360 à 1070€) s’affichent aux yeux de tous. Selon les premières pistes de travail, les changements de situation pourraient faire varier les loyers de -50€ à +60€ mensuels. Les visages se crispent. « Je ne pensais pas qu’on allait se retrouver devant un tableau Excel. Je pensais qu’on allait parler de valeurs ! ». Un tour de table houleux se lance en même temps qu’une deuxième tournée de tisane. Certains prônent la solidarité, d’autres défendent l’équité. Aux « Ça me gêne qu’on parte du principe que tout le monde acceptera de payer plus à chaque fois qu’on le lui demandera », répondent des « Ça me chagrine de payer moins. Il y aurait un peu plus de solidarité que ce ne serait pas plus con, non ? ». Le débat piétine.  « Il y a des sujets comme ceux-là sur lesquels il est difficile de se mettre d’accord parce que ce sont des valeurs qui s’opposent. Et personne n’a tort ou raison », analyse Sylvain Guignard, ingénieur en reconversion.

Même s’il est tard, pas question de se coucher avant un dernier tour de table pour faire un point sur le ressenti de chacun. Certains sont rassurés par le ton « plus ouvert et constructif » des discussions, et font « confiance à l’intelligence collective du groupe ». D’autre se disent « en colère », ou « inquiets de devoir trouver un consensus avec des opinions qui divergent tellement ». « On ne pourra pas trouver mieux qu’un système de solidarité à 60 millions de personnes. On peut essayer de repenser les modèles, mais pas forcément tout, tout le temps », glisse un autre. Avant qu’un dernier conclue par une forme d’avertissement : « S’il y a des gens pour lesquels certaines choses sont intenables, il faudra partir. Ça se voit dans tous les projets d’habitats participatifs ». À 23h20, il n’y a plus de tisane, il est temps d’aller se coucher. Rendez-vous est donné la semaine suivante pour poursuivre la discussion.  « Le participatif, ça demande du temps, de la pédagogie et un effort de la part de tous pour faire évoluer les points de vue. Surtout sur des sujets comme ceux-là qui touchent à l’intime, au rapport à l’argent », observe élodie.

Tensions et tartes aux légumes

Quelques jours plus tard, le groupe est à nouveau réuni dans la salle commune. Exit la tisane et l’ambiance lourde, place aux tartes aux légumes et aux jus de fruits bio. Les enfants courent et, en petits groupes, on discute de l’insouciance de la jeunesse, du nucléaire et de l’écologie tendance De Rugy. Ce soir, LE sujet de la discorde n’est pas à l’ordre du jour. Une fois par mois, pour évacuer les tensions et régler rapidement les petits problèmes de la vie courante, les Abricoopains se réunissent pour échanger. On y souligne les raisons de se réjouir : les voisins qui dépannent, la joie de voir les enfants jouer devant chez soi, la nouvelle pergola pour la terrasse, la carte d’anniversaire signée par les voisins, le nouveau salon de thé qui a ouvert pas loin. Puis on partage mécontentements et inquiétudes : les sanitaires et les draps de la chambre d’amis qu’il faudrait nettoyer après le passage de ses invités, la poignée de la chambre qui ne marche plus, les voisins qui ne s’impliquent pas assez, la saleté du quartier, les discussions WhatsApp qui laissent les aînés sur le carreau et leur font rater des apéros, la nécessité d’inclure davantage les autres habitants des 4 Vents… Dans la foulée, on prend des décisions pour résoudre au plus vite les problèmes courants qui sont évacués en quelques instants.

Mais en fin de soirée, LE sujet, toujours sous-jacent, ressurgit dans la bouche de Jean. « Abricoop nage dans un océan de louanges parce qu’on a réussi à construire le bâtiment. On vient nous voir, on nous adule. Et pourtant, on n’arrive pas à se mettre d’accord sur des points essentiels comme la redevance. Je suis alarmé par le fait qu’il n’y ait pas de pilote dans l’avion, et que ce soit le consensus mou qui fasse office de décision. C’est bien de parler du passé. C’est mieux de bien parler du futur ! ». Il est 22h15, la séance est levée.

Aucun regret

Janvier 2019. Dans les appartements, les odeurs de peinture se sont dissipées et les derniers cartons vidés. Le débat sur les loyers, lui, n’est pas encore réglé. Pas de quoi entamer l’enthousiasme des Abricoopains. Aucun ne regrette d’avoir embarqué dans cette aventure à part. « Nous ne sommes pas tous amis, mais il y a une relation très spéciale, solidaire et bienveillante. Pendant les réunions, c’est parfois le pire de chacun qui ressort. Mais quand je rentre dans l’immeuble, j’ai d’abord le sentiment de rentrer chez nous, avant de rentrer chez moi », souligne Marie-Ange. Avec son mari, à l’approche de la retraite, et malgré la réticence de leurs enfants, ils ne regrettent pas d’avoir quitté leur grande maison pour emménager dans un appartement bien plus petit et dépouillé. « On ne pouvait rêver meilleure retraite : une retraite sur le chemin de l’anticapitalisme, de la solidarité, de l’écologie. »

De leur côté, Élodie, Stéphane et leurs trois enfants ont trouvé la chaleur humaine et la solidarité qui leur manquaient tant : « Les enfants vont jouer les uns chez les autres. On trouve toujours un voisin pour les garder quand on va faire une course ou qu’on sort, et on trouve toujours une façon de rendre service à notre tour. » L’expérience a aussi eu des effets imprévus sur leur façon de voir les choses.  « Là où autrefois on faisait des choix de vie sans vraiment se demander pourquoi,  aujourd’hui, en étant confrontés à d’autres points de vue, on s’interroge davantage sur nos décisions et nos positionnements ». En discutant avec d’autres habitants, le couple a ainsi renoncé à mettre ses enfants dans une école alternative et les a inscrits à l’école publique, de l’autre côté de la rue. « Pour faire changer le modèle dominant sans se mettre en marge », sourit Elodie avant de s’éclipser pour aller préparer la salle commune avant l’anniversaire de son fils.

Abricoop a aussi bouleversé les projets professionnels de plusieurs habitants, aujourd’hui en reconversion pour mener des projets coopératifs, collaboratifs, ou solidaires. Comme Sylvain, qui cherche à se reconvertir dans l’économie sociale et solidaire : « Mais je suis face à un paradoxe. Aujourd’hui, nous avons de hauts revenus donc notre loyer est élevé. Ce qui est normal. Mais si on veut aller vers une sobriété heureuse et que l’on baisse nos revenus, ça aura un impact négatif sur les redevances des autres habitants. Et je ne veux pas être un poids pour le reste du groupe. »

Jean a lui aussi quelques inquiétudes. « C’est une résidence où il est extrêmement agréable de vivre. Ensemble, nous avons pris des décisions héroïques. On se connaît très bien alors la vie est facile. Mais le futur incertain m’interpelle. On discute à perte de vue et rien n’avance. Mais on ne peut pas vivre au jour le jour. Si rien n’est décidé, on prend des risques pour les finances du futur. » Malgré l’avertissement de Jean, Sylvain n’est pas inquiet. « Oui, il y a encore du boulot. Mais ça va devenir de plus en plus fluide. En Suisse, j’ai visité une coopérative où il n’y a plus besoin que d’une réunion tous les 6 mois. Il nous faut juste un peu de temps. »

 

Le Figaro Particulier : Vous laisserez-vous tenter par l’habitat participatif ?

L’habitat participatif offre plus qu’un logement

Votre résidence n’a pas d’âme. Vous regrettez de ne pas connaître les autres occupants de votre immeuble. Vous souffrez du manque de lien social. Pourquoi ne pas vous associer entre amis pour concevoir un cadre de vie commun ?

Vous entendez habitat participatif et vous pensez « bobo » parisien ou soixante-huitard ? Vous n’y êtes pas ! En vogue depuis plusieurs décennies dans les pays d’Europe du Nord, comme l’Allemagne ou la Suède, le concept gagne l’Hexagone où il séduit différentes tranches d’âge et catégories sociales. L’idée est séduisante : se réunir entre amis ou connaissances ayant les mêmes affinités pour trouver un terrain, concevoir les logements en les adaptant aux envies et besoins de chacun, et imaginer une manière de vivre autrement, en recréant du lien social. Découvrez cette opération d’un nouveau genre.

Retrouvez l’article en ligne : http://leparticulier.lefigaro.fr/article/l-habitat-participatif-offre-plus-qu-un-logement/

 

La Gazette des communes : Avec ce programme immobilier, l’habitat participatif prend de l’envergure

https://www.lagazettedescommunes.com/596906/avec-ce-programme-immobilier-lhabitat-participatif-prend-de-lenvergure/

Publié le 21/12/2018 • Par Rouja Lazarova • dans : Innovations et Territoires, Régions

Abricoop-Toulouse-Habitat-participatif
Seuil architecture/Photo Stéphane Brugidou

Dans le cadre de l’aménagement de la ZAC de La Cartoucherie, la métropole de Toulouse souhaitait innover en matière de logement et privilégier l’habitat participatif. Une démarche pensée pour ses habitants, désireux de concevoir leur logement, de partager un projet de vie et des valeurs communes, mais aussi pour la collectivité. Un îlot a été réservé dans la ZAC pour l’habitat participatif et un appel à projets a été lancé, auquel ont répondu une coopérative et des habitants.

 

[Toulouse métropole (Haute-Garonne) 37 communes • 755 900 hab.] C’est la plus grande opération d’habitat participatif en France. Sur un îlot de la zone d’aménagement concerté (ZAC) de La Cartoucherie, à Toulouse, labellisée « Ecoquartier » en décembre 2017, 89 logements sont répartis dans quatre immeubles. Ils ont été livrés au printemps 2018 et sont le fruit d’un long processus de sensibilisation et de programmation.

« Nous avons commencé à échanger avec les élus au sujet de l’habitat participatif dès 2008, et les avons convaincus d’introduire cette forme innovante dans le quartier en devenir de La Cartoucherie. Entre 2011 et 2013, nous avons conseillé l’aménageur, Oppidea [la société d’économie mixte de Toulouse métropole, ndlr], sur la façon d’importer ce type d’habitat dans la ZAC », se souvient Stéphane Gruet, directeur général « coordination et développement » de la société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) Faire-ville. En 2013, un groupe d’habitants – qui deviendra un an plus tard la coopérative d’habitants Abricoop – participe à l’appel à projets pour 17 logements au sein de l’un des quatre immeubles. Pour les trois autres, la SCIC Faire-ville commence à organiser des réunions avec des citoyens désireux de se lancer dans l’aventure. « Nous avons invité des familles pour leur expliquer la méthode participative et leur proposer de se constituer en groupes, en fonction de leurs affinités ou de leur programme », relate Stéphane Gruet.

Grande mixité sociale

L’architecte a été choisi après concertation, puis la conception des bâtiments, des espaces communs et de chacun des appartements a été réalisée. « La phase d’élaboration a pris du temps. Il fallait apprendre aux familles à se connaître et à définir ensemble leur projet. Le groupe était trop grand. La taille idéale serait de 30 à 40 logements. En revanche, cela nous a permis de gagner du temps sur la phase de commercialisation », confie Jean-Paul Coltat, directeur du groupe HLM des Chalets, maître d’ouvrage des trois immeubles et assistant à la maîtrise d’ouvrage pour la coopérative Abricoop.

Actu.fr Toulouse. Dans les coulisses du plus gros projet d’habitat participatif de France

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Toulouse. Dans les coulisses du plus gros projet d’habitat participatif de France

Mercredi 20 juin, le maire de Toulouse Jean-Luc Moudenc a inauguré le plus gros projet d’habitat participatif de France, dans le quartier de la Cartoucherie. Visite guidée.

Le projet d'habitat participatif de la Cartoucherie est le plus important de France.
Le projet d’habitat participatif de la Cartoucherie est le plus important de France. (©Actu Toulouse/Anthony Assémat)

L’habitat participatif, c’est comme le bon vin : il mûrit avec le temps. Il a fallu près d’une dizaine d’années pour que naisse, et se développe pas à pas, le projet de la résidence « Aux 4 vents », à la Cartoucherie. C’est dans ce quartier de l’ouest toulousain, entre les Arènes et Purpan, où sont attendus 3000 logements et près de 10 000 habitants dans les prochaines années, qu’a été inauguré le projet d’habitat participatif le plus important de France, mercredi 20 juin 2018, en présence du maire Jean-Luc Moudenc.

De 6 mois à 95 ans !

Avec 89 logements (du T2 au T5) et 152 habitants, le projet est porté conjointement par les associations Abricoop et Aux 4 Vents Toulouse, la mairie de Toulouse et le Groupe des Chalets, qui a réalisé trois des quatre immeubles de ce programme innovant. Francis Blot fait partie des pionniers du projet des « 4 Vents ». Il raconte son évolution :

La réflexion a connu une accélération en 2013, période où l’on a commencé à concevoir des espaces collectifs, à définir le type de logement. Puis nous nous sommes constitués en association. Sur les 152 habitants, on a 18 nationalités, et des personnes âgées de 6 mois à 95 ans ! ».

Salle collective, buanderie, ateliers…

Ici, pas de grande maison où l’on partage les pièces. Chaque foyer a son propre logement, mais des parties communes ont été aménagées pour faire vivre la communauté. Salle polyvalente, salle collective de jeux et de détente utilisée selon un planning précis (le programme des matchs de la Coupe du monde et les pronostics des habitants sont affichés en bonne place !), buanderie, salle d’ateliers créatifs et de bricolage (où les photos des habitants s’exposent sur les vitrines), un jardin en îlot, une salle de musique, une cuisine…

Les habitants sont reliés par un fil d’Ariane qui a tendance à se perdre dans des résidences plus classiques : la solidarité.

Francis Blot explique les différences majeures entre un projet d’habitat participatif comme celui-ci et la vie d’une résidence lambda :

Je vois deux différences majeures, et deux atouts, dans l’habitat participatif. D’abord, on se connaît tous et une réelle solidarité existe entre nous. Les habitants mettent leurs forces et leurs compétences en commun. Par exemple, une prof de yoga donne des cours tous les mardis soirs, et une personne spécialiste des arts martiaux, idem. Une dame a même installé son trampoline au milieu du jardin partagé, où les enfants se donnent rendez-vous ».

 >> Francis Blot, l’un des piliers du projet toulousain, nous parle de ce projet de la Cartoucherie <<

La singularité d’Abricoop

Dans le projet de la résidence aux 4 Vents, l’association Abricoop (ex-La Jeune Pousse) porte une voix un peu singulière. Stéphane occupe l’un des 17 logements de l’immeuble, qui a la particularité architecturale d’être fabriquée en bois, et de consommer 20% d’énergie en moins. Il est tombé sous le charme du projet. « Cela crée du lien social. Les personnes sont sensibles au vivre-ensemble et à l’écologie ».

Stéphane, l'un des habitants de la résidence des 4 Vents, à la Cartoucherie.
Stéphane, l’un des habitants des 4 Vents, dans la salle collective de la résidence. (©Actu Toulouse/Anthony Assémat)

Non-spéculation sur les parts sociales, trois chambres d’amis en commun et solidarité financière sont la valeur ajoutée d’Abricoop. Sur ce dernier point, avec 12 logements sociaux sur les 17, le montant du loyer est fixé en proportion du quotient familial de chaque foyer pour l’équilibre général. Ainsi, pas d’exclusion : les personnes pauvres ou à haut revenu sont acceptées.

                        >> Thomas, habitant de l’immeuble d’Abricoop, nous parle de la singularité de l’immeuble dans le projet <<

L’esprit de l’habitat participatif a du succès, le turn-over est faible. Pour intégrer Abricoop, il existe même une liste d’attente.

Nouveau programme d’accession à la propriété

Mais avant de s’engager dans ce projet, la notion de propriétaire peut virer au mirage. Si 44 logements ont été créés pour de location-accession, et 5 en Vefa (Vente en état futur d’achèvement, soit l’achat du neuf sur plan), 23 d’entre eux ont été réservés pour un fonctionnement un peu nouveau : la Société civile immobilière d’accession progressive à la propriété (SCIAPP).

Explications avec Jean-Paul Coltat, le directeur général du Groupe des Chalets, qui gère deux autres projets d’habitat participatif dans la région toulousaine (Maragon-Floralies à Ramonville et Vidailhan à Balma-Gramont) :

Ce montage permet à des personnes qui n’ont pas accès au crédit bancaire d’entrer dans un processus d’accession progressive à la propriété. La personne acquiert progressivement, sur 40 ans, des parts sociales de la SCI propriétaire de l’immeuble. Les accédants sont ainsi membres associés de la SCI, et accédants progressifs. Et ces parts sont cessibles à tout moment et transmissibles en succession ».

L'association Abricoop gère un immeuble de 17 logements, avec 20% de baisse sur la consommation électrique.
L’association Abricoop gère un immeuble de 17 logements, avec 20% de baisse sur la consommation électrique. (©Actu Toulouse/Anthony Assémat)

Un projet trop gros ?

Mais avec plus de 150 personnes, la notion d’habitat participatif, qui s’est construite ces dernières années à Toulouse sur une multiplication de projets plus modestes, à taille humaine, n’est-elle pas dénaturée ? « Avec 89 logements, le consensus ne se construit pas facilement. Des gens peuvent être impatients, c’est vrai. Mais c’est une belle aventure qui se construit sans cesse. On verra », répond Francis Blot.

Bel exemple d’intégration

La résidence des 4 Vents pourrait également servir d’expérimentation sociétale. Enrique est le papa de Jérémy, une personne trisomique de 35 ans, qui travaille à la mairie de Toulouse. Il a trouvé dans le projet de la Cartoucherie un moyen d’intégration presque inespéré pour son fils. « J’ai participé au début du projet. En choisissant l’architecte et en adaptant le logement, on a pu faire une salle de bain adaptée et un logement où mon fils a choisi la couleur, la déco », explique Enrique.

Intégration et d’autonomie comme effets insoupçonnés de l’habitat participatif ? C’est oui, pour Enrique. « Ce type de logement, concerté au départ, est l’avenir pour les personnes porteuses de handicap », conclut, ému, le père de famille.

La Dépêche : Ils habitent l’immeuble qu’ils ont conçu ensemble

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Les habitants de l'îlot d'habitat participatif «Aux Quatre Vents», à la Cartoucherie, ont commencé à emménager en janvier 2018. Au sein de l'îlot, la coopérative d'habitants Abricoop, créée il y a plus de 10 ans, a entièrement conçu son immeuble de 17 logements. Ils partagent cuisine, chambres d'amis, salle de musique ou encore de bricolage./ DDM, Didier Pouydebat
Les habitants de l’îlot d’habitat participatif «Aux Quatre Vents», à la Cartoucherie, ont commencé à emménager en janvier 2018. Au sein de l’îlot, la coopérative d’habitants Abricoop, créée il y a plus de 10 ans, a entièrement conçu son immeuble de 17 logements. Ils partagent cuisine, chambres d’amis, salle de musique ou encore de bricolage./ DDM, Didier Pouydebat

Les habitants du plus grand projet d’habitat participatif de France, à la Cartoucherie à Toulouse, ont emménagé. Ils ont chacun leur appartement, et partagent de multiples espaces communs. Visite guidée.

«Aujourd’hui, c’est une vie rêvée, explique Ludovic, trois enfants, qui a quitté sa maison de Cugnaux pour un T6 duplex. J’en avais marre de la voiture. Maintenant je mets 10 minutes pour aller au travail à vélo. J’aide mes voisins les plus âgés pour les courses, et eux peuvent me garder les enfants. On partage les outils, les chambres d’amis, et puis il y a cette grande pièce à vivre de 55 m2 au rez-de-chaussée». Tireuse à bière allumée, frigo branché, chacun a apporté chaises, tables, canapés venus de leur ancien «chez soi» pour meubler la pièce. Un planning est affiché pour les fêtes d’anniversaire et autres repas de famille.

Devenus des amis au fil des années de maturation du projet, les «Abricopains» inventent un nouveau mode de vie urbain. Sur le toit terrasse, ils ont fait installer une cuisine d’été, et vont installer une pergola, et peut-être accueillir des ruches pour faire leur propre miel. Avec les 72 autres appartements de l’îlot, ils vont partager l’entretien du jardin central. De vastes parkings à vélo, couverts, sont en cours d’aménagement. «On se prête aussi les voitures. On n’a que 9 places de voiture pour 17 appartements. On utilise déjà beaucoup Citiz, le service d’autopartage toulousain», explique Thomas. Pour Jean, le doyen de l’immeuble ou Michèle, qui a quitté sa maison de Pinsaguel, Abricoop est un moyen de vivre «en famille», d’être constamment stimulés et de ne pas rester «dans son coin». Onze des «Abricopains» sont des personnes seules, mais dans la coopérative, elles ne le sont plus vraiment.

Abricoop, c’est un groupe d’habitants ayant décidé de mutualiser leurs ressources pour concevoir, réaliser et financer ensemble leur logement. Tous ont choisi l’architecte, travaillé à l’aménagement des lieux, et investi chacun de l’argent pour la construction de l’immeuble. Ils sont locataires de leur appartement (du T2 au T6, loyers de 1 100 € maximum), et propriétaires collectivement de l’immeuble. Un nouveau départ..


Le chiffre : 89

logements > Habitat participatif. La résidence «Aux Quatre Vents», quatre immeubles de l’écoquartier de la Cartoucherie, comprend 89 appartements d’habitat participatif. La coopérative d’habitants Abricoop occupe 17 logements dans un des immeubles.


Portes ouvertes le 26 mai

À l’occasion des Journées européennes de l’habitat participatif, la résidence «Aux Quatre Vents» ouvre ses portes au grand public dans l’écoquartier La Cartoucherie, au 3 rue du docteur Suzanne Noël à Toulouse, à partir de 11 heures. Ce sera l’occasion de visiter des logements et l’ensemble des pièces communes que partagent les quelque 250 habitants de l’ensemble : salles polyvalentes avec cuisines ouvertes, salle de bricolage, buanderies, chambres d’amis, jardin au milieu de l’îlot, jardins sur le toit avec pergola, barbecue et cuisine, etc. À Ramonville, l’Ouvert du canal, projet de 8 logements habité depuis 2013, vous accueillera le 5 mai de 11 heures à 14 heures, au 16 bis chemin de Mange Pommes.


Questions à Leslie Gonçalves, architecte de l’immeuble Abricoop, Seuil Architecture

«Un projet exemplaire»

Quelle a été pour vous la particularité de ce projet ?

Il a été très enrichissant. Il nous a appris à travailler différemment, en liaison directe avec les habitants. Tout a été décidé avec eux, c’est très agréable. Pour les ouvriers aussi : ce n’est pas l’appartement 12, mais l’appartement de Michèle ou Guillaume. Chaque appartement est différent, dessiné en fonction des besoins des habitants : un canapé d’angle, une plante imposante, etc.

Un moment vous a marqué ?

Une réunion marquante a été celle des choix d’économies à faire sur le projet, pour rentrer dans le budget travaux de 1 450 000 € HT. À cette occasion, 3 tables rondes avaient été simultanément tenues, chacune pilotée par un membre de la maîtrise d’œuvre et un habitant. Le reste des habitants passait de table en table pour débattre des pistes d’économies.

Quelles sont les qualités de l’immeuble que vous avez dessiné ?

L’immeuble sera à la norme RT 2012 «-20 %», étanche à l’air et à l’isolation phonique parfaite. Les habitants ont collaboré à tout : l’esquisse, le permis de construire, le choix des matériaux. C’est un engagement exemplaire.

Silence : Les nouveaux visages de l’habitat participatif

Commander le n°462 de la Revue Silence (Décembre 2017 ) : Les nouveaux visages de l’habitat participatif

Les nouveaux visages

de l’habitat participatif

Abricoop, une coopérative d’habitant·es sort de terre

Habiter autrement les villes, accéder à la propriété quand on n’a pas de très gros moyens et partager avec ses voisin·es : c’est l’aventure dans laquelle s’est lancée l’association toulousaine La Jeune Pousse en créant la coopérative d’habitant·es Abricoop, qui ouvre ses portes durant l’hiver 2017-2018.

Carte de France des membres de la Coordin’action nationale des associations de l’habitat participatif

Un réseau national pour habiter autrement

Cécile Viallon, membre de la Coordin’action nationale des associations de l’habitat participatif, revient pour Silence sur ce réseau et sur la dynamique nationale en faveur de l’habitat participatif.

La coopérative immobilière : demain, on loge gratis ?

Acheter ou louer, le choix n’est guère enthousiasmant. Les coopératives d’habitant·es constituent une alternative réjouissante pour sortir de la spéculation immobilière. Mais seront-elles suffisantes ? La coopérative immobilière se donne pour but de sortir des logements du marché immobilier.

« Inventer une nouvelle façon d’habiter et de vivre »

Dans son livre Commun Village, Anne Bruneau présente un habitat groupé imaginaire abordant les différentes questions qui se posent autour de ce genre de pratiques. Elle s’est inspirée pour cela de 25 lieux ayant réellement existé.

 

Articles

Mon école en paille

À Rosny-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, pour répondre au besoin croissant du nombre de classes, la municipalité a décidé de passer le cap de la construction écologique. La particularité de « l’école des Boutours 2″ ? Les murs sont intégralement en paille. Une première pour un bâtiment public.

La parole fraternelle de Patrick Chamoiseau

En juin 2017, le grand écrivain Patrick Chamoiseau s’exprimait à Saint-Malo lors du festival des Étonnants Voyageurs. Réquisitoire contre un néo-libéralisme barbare, regard visionnaire sur les migrant·es, plaidoyer pour la poésie : des paroles engagées et vibrantes dont voici quelques échos.

Zéro déchet : puis-je amener mon propre contenant chez mon commerçant ?

Si vous demandez à votre commerçant·e d’utiliser votre propre emballage, les réactions vont de l’enthousiasme au refus, ces derniers se justifiant par le respect des règles d’hygiène. Qu’en est-il réellement ?

Retour à la Chanvrière du Bélon

En 2000, Silence visitait la Chanvrière du Bélon, en Bretagne. 17 ans plus tard, l’occasion s’est présentée de retourner voir ce qu’est devenue cette coopérative, qui s’appelle désormais Technichanvre-Chanvrière du Bélon, pionnière dans l’activité du chanvre pour la construction.

Semer des lettres, récolter l’échange

Derrière chaque chose mangée, derrière chaque champ, il y a des femmes et des hommes qui façonnent le territoire et le cultivent, pour permettre à chacun·e de se nourrir.  La compagnie Les fous de bassan! construit depuis plusieurs années des projets culturels permettant de donner la parole à ces nourrisseu·ses de l’humanité.

Aux enfants

Ce texte de l’écrivaine Marie Desplechin a été publié dans son intégralité dans l’ouvrage Pour une poignée de degrés dont vous pouvez découvrir des photos page 48 de ce numéro. Son style et son message puissants nous ont donné envie de le donner à partager ici. En voici quelques extraits.

Pour une poignée de degrés

Ce livre de photographies présente une coopération entre citoyen·nes et artistes autour d’une approche sensible du défi climatique.

 

Chroniques

Bonnes nouvelles de la Terre : Fermes d’avenir : grandes ambitions, grandes interrogations

Nucléaire ça boum ! : Nous avons le prix Nobel !

En direct de nos colonies : Congo : le silence de la France

L’écologie, c’est la santé : Perturbateurs endocriniens : heureusement le Parlement européen veille !

Brèves

Alternatives • Énergies • Environnement • Paix • Nucléaire • Nord/Sud • Femmes, hommes, etc. • Politique • Société • Santé • Vélo(rution) • Agri-bio • Agenda • Annonces • Courrier • Livres • Quoi de neuf ?

Éditorial

L’habitat participatif

à la croisée des chemins

Des centaines de groupes en France essaient de mettre en place des habitats collectifs autogérés et certains ont déjà réussi à réaliser leur utopie.

Le partage du quotidien et des infrastructures permet la réduction des consommations individuelles (notamment l’électroménager par la création de buanderies collectives). Le choix de la taille des logements ou encore des matériaux utilisés s’effectue en prenant en compte des critères écologiques. Le montage juridique coopératif permet de sortir de la spéculation immobilière. L’autogestion collective du projet de vie conduit enfin à mettre en pratique une forme de vie hautement politique.

Les difficultés ne manquent pourtant pas sur le chemin, entre les années de réunions nécessaires à la construction du projet, qui n’arrive pas toujours à aboutissement, le délicat équilibre relationnel entre ses membres, ou encore les freins économiques et juridiques, etc.

Face à ces défis, le mouvement de l’habitat participatif semble être à un tournant.

D’un côté de « fausses bonnes solutions » sont proposées par des entreprises qui tentent de récupérer ces dynamiques collectives au profit des logiques de marché : elles proposent des projets d’habitats partagés « clé en main » qui ont pour avantages supposés de gommer les difficultés de réalisation et de raccourcir les délais.

Ailleurs, des solutions innovantes se font jour à l’image du projet de « coopérative immobilière » qui se propose de sortir du marché et de la propriété un nombre croissant de logements et de révolutionner ainsi notre rapport au logement.

Enfin, le mouvement de l’habitat participatif dont nous parlons depuis des années dans Silence continue à se développer et à fédérer de nombreuses forces pour faire avancer dans la société des manières d’habiter originales et décroissantes.

Et nous, où souhaitons-nous poser la prochaine pierre à l’édifice ?

Olivier Chamarande & Guillaume Gamblin

 

 

La Dépêche : Le plus grand projet d’habitat participatif de France bientôt achevé

 

Les 89 logements des «Quatre Vents» dans le quartier de la Cartoucherie seront habités en janvier 2018. Les habitants mettent la dernière main aux appartements qu’ils ont eux-mêmes dessinés.

Comme les 16 autres «Abricopains», il a dessiné lui-même son appartement. Et son immeuble. Ils ont choisi l’architecte, travaillé à l’aménagement des lieux, et investi chacun de l’argent pour la construction. Ils seront locataires de leur appartement (du T2 au T6, loyers de 1 100 € maximum), et propriétaires collectivement de l’immeuble. Ils participeront tous à l’entretien de l’immeuble : pas de frais de syndic. Si l’un d’eux quitte la coopérative, il récupérera uniquement ce qu’il a payé pour l’immeuble.

«Vue sur les Pyrénées»

«La livraison est prévue le 20 décembre, la réception officielle par les habitants le 8 janvier, et l’emménagement, le 26 janvier prochain», détaille Leslie Gonçalves, l’architecte mandataire du projet, pour la SA les Chalets. L’immeuble fait partie de l’ensemble «Quatre vents», qui comprend au total 89 logements d’habitat participatif.

«C’est possible d’avoir des prises électriques supplémentaires au-dessus du plan de travail ?» demande Guillaume, le sourire jusqu’aux oreilles, qui trouve son 53 m2 «grand pour un célibataire !».

«Ce projet a été très enrichissant, il nous a appris à travailler différemment, en liaison directe avec les habitants. Tout a été décidé avec eux, c’est très agréable, confie Leslie, l’architecte. Pour les ouvriers aussi : ce n’est pas l’appartement 45, mais l’appartement de Michèle ou Guillaume. Chaque appartement est différent, dessiné en fonction des besoins des habitants : un canapé d’angle, une plante imposante…

«Nous serons 23 adultes et 9 enfants, dans 17 appartements. Le chantier a commencé en février 2016, raconte Thomas. Il aura duré presque deux ans.» Le père de deux enfants va habiter un T4 de 80 m2, «soit 8 m2 de plus que mon T4 actuel, qui est sans ascenseur.» Les habitats partageront des chambres d’amis à chaque étage, les lave-linge, une grande pièce de 55 m2 avec atelier de bricolage, un jardin sur le toit…

«C’est conforme à mes attentes, notamment la vue sur les Pyrénées, qui se joue à quelques centimètres, avec la hauteur de l’école de la Cartoucherie, qui se construit juste en face. Bon, ça a l’air plus petit quand c’est vide…

Stéphane, trois enfants, va, lui, passer d’un T3 de 50 m2 à un duplex T5 de plus de 95 m2. «On était à Patte d’Oie, on reste dans le quartier, c’est bien pour les enfants, les écoles, les nounous… On est arrivés dans la coopérative début 2013. Depuis, on se connaît tous. Abricoop, c’est une seconde famille.» ça tombe bien, la famille va habiter le même immeuble.


Déjà 1 300 à la Cartoucherie

Le nouveau quartier de la Cartoucherie, en cours de certification écoquartier, accueille déjà plus de 1 300 habitants, dont les premiers sont arrivés en 2016. Un comité de quartier, qui rassemble les habitants, a été créé en 2017. Un parking mutualisé a été construit, et dans les deux ans qui viennent, les anciennes halles vont être investies par des activités de restauration, de culture et de sport. À la rentrée 2018, le nouveau groupe scolaire accueillera les enfants du quartier, et même au-delà. En janvier 2018, plus de 200 nouveaux habitants vont intégrer les 89 logements d’habitat participatif des «Quatre vents». Un chantier que Leslie Gonçalves, architecte mandataire de l’immeuble 4 (coopérative Abricoop), pour le cabinet Seuil Architecture, estime exemplaire pour l’engagement des habitants : «Après, ça reste un chantier avec ses coups de bourre, c’est toujours un peu tendu dans la dernière ligne droite. Mais les habitants ont collaboré à tout : l’esquisse, le permis de construire, le choix des matériaux… L’immeuble sera à la norme RT2012 -20 %, étanche à l’air et à l’isolation phonique parfaite». L’initiative des Quatre vents et d’Abricoop n’est pas nouvelle dans la région. Les premiers logements partagés ont été créés dans les années quatre-vingt et dans l’agglomération, l’un des plus anciens groupes d’habitat participatif se trouve à Ramonville. Il s’agit du groupement «Mange pommes».


Repères

Le chiffre : 89

logements > «Quatre Vents». L’ensemble de quatre immeubles d’habitat participatif est quasiment terminé, à la Cartoucherie. Les habitants y emménageront entre le 15 janvier et le 10 février 2018.

La Dépêche : Habitat participatif : le pari gagné d’Abricoop

En lire plus sur le site de la Dépêche 

Habitat participatif : le pari gagné d'Abricoop
Habitat participatif : le pari gagné d’Abricoop

Le premier immeuble d’habitat coopératif de Midi-Pyrénées sort de terre dans l’écoquartier de La Cartoucherie à Toulouse. Rencontre avec ses futurs résidents du «troisième type», ni locataires, ni propriétaires.

L’aventure immobilière et sociale d’Abricoop a débuté en 2008, sous la forme d’une association «La Jeune Pousse» et sur la foi de citoyens déjà branchés sur courant «alternatif» (réseau AMAP etc.). D’emblée, le projet se situe au-delà d’un simple habitat participatif et prend la forme d’une coopérative d’habitants. «Nous étions locataires par défaut et pas prêts à devenir propriétaires pour autant, explique Thomas, l’un des pionniers du projet avec son épouse Véronique. L’habitat coopératif est un bon compromis entre logement individuel et vie en communauté : l’intimité de chaque ménage est respectée mais il y a aussi des espaces communs pour le partage.» Reste à mener un combat de longue haleine : au plan local, avec la recherche d’un foncier et la rédaction de statuts, et au plan national, avec d’autres structures, pour plaider la cause de l’habitat coopératif auprès de l’Etat. Et sur ces deux fronts, les «mobilisés» toulousains vont avoir gain de cause. En 2013, Toulouse Métropole leur donne son feu vert pour s’implanter dans un îlot dédié à l’habitat participatif dans la ZAC de La Cartoucherie. Puis, en 2014, la loi ALUR consacre le statut de coopérative d’habitants en France. En l’espace de huit ans, certains ont quitté le navire, d’autres l’ont rejoint. Comme Michèle, âgée 63 ans et informaticienne retraitée : «Pour moi, c’est un moyen de ne pas vieillir trop vite» !

Un projet intergénérationnel et solidaire

Quatre ateliers ont été mis en place : juridique et financier, technique, projet de vie et communication. Ecouter, réfléchir, débattre… Pour rester en forme intellectuellement, c’est l’idéal !» Propriétaire d’une maison en périphérie de la Ville rose, elle va la mettre en vente pour participer au capital de la société coopérative (lire ci-contre). Même chose pour Jean, 79 ans, le doyen d’Abricoop. Ex-ingénieur auprès du ministère de l’Agriculture, il va partager les fruits de la vente de son appartement toulousain entre ses trois enfants et un projet qu’il juge «très stimulant» : «Deux choses me motivent : nouer de vraies relations avec mes futurs voisins et prouver que l’argent n’est pas roi en allant au-delà du duo propriétaire-locataire.» Parmi les 21 futurs voisins, les profils sont variés : du chômeur au retraité en passant par le cadre…

«Ne pas m’endetter individuellement, c’est m’éviter d’avoir un boulet à la cheville, témoigne une coopératrice de 44 ans. Je touche environ 1 200 € de salaire et, depuis que j’ai rejoint le projet Abricoop, il y a eu deux plans sociaux au sein de mon entreprise… Donc prendre un crédit de 30 ans pour acheter, non merci !»

Chaque mois, des réunions de groupe permettent d’aborder les aspects financiers du projet et bien d’autres : du choix des matériaux de construction à l’usage des salles communes (buanderie, chambres d’amis…).

Au sein d’Abricoop, tout le monde a son mot à dire. Et chaque voix compte : indépendamment de la part sociale acquise ou de la taille de son logement. ¦