La prise de décision au consensus

La Jeune Pousse s’oblige à prendre ses décisions en plénière et « au consensus », telle que définie dans la charte d’Habicoop. Les membres s’obligent à trancher entre des solutions qui ne peuvent absolument pas cohabiter.

Le consensus, c’est une procédure de décision

  • qui aboutit à un accord unanime des présents, ou du moins acceptable par tous (c.-à-d. qui n’empêchera pas ensuite de bien vivre ensemble), vérifiable par un vote sur une décision clairement rédigée.
  • qui implique de prendre le temps et les moyens d’un débat approfondi, où tous les arguments et motivations peuvent être exprimés. Une AG spéciale serait à prévoir un samedi, plutôt qu’un soir à ordre du jour chargé.
  • qui concerne la prise de décisions, mais non pas leur mise en œuvre, dont la responsabilité, et l’autorité nécessaire, sont à déléguer à des personnes nommément désignées, tournantes, pour une durée limitée.

La procédure pourrait se dérouler comme suit :

  1. Avant le débat, le problème à résoudre est exposé par une personne ou un binôme pédagogue et expert, par écrit ou par oral, de façon exhaustive et claire, dans son contexte, avec les enjeux et les éléments éthiques qui sont mis en cause. C’est ensuite le moment de se faire expliquer ce qu’on ne sait pas ou ne comprend pas.De leur coté, les participants sont invités à se mettre en état de « bienveillance », à accepter de modifier leur position de départ ( au vu des arguments, des enjeux, du contexte, etc), à s’exprimer brièvement sans répéter ce qui a déjà été dit. Les leaders d’opinion sont priés de ne pas abuser de leur aptitude à convaincre, et de laisser aux silencieux leur droit de parole.
  2. Le débat peut être précédé d’un tour de table ultra-rapide suivi d’un « vote de sondage », pour voir s’il y a matière à débat, ou si un accord est d’ores et déjà acquis.
  3. Le débat peut utilement commencer en petits groupes, plus créatifs pour inventer des alternatives ou des compromis, et plus aptes à l’expression des motivations intimes des positions personnelles. Les rapporteurs des groupes forment en séance plénière une table ronde, et engagent entre eux, avec le concours et les interpellations de la salle, un débat exploitant au mieux la parole des petits groupes. Le but est d’esquisser une décision susceptible d’obtenir le consensus. En tout état de cause, avec ou sans la phase ci-dessus, un ou plusieurs tours de table sont faits en séance plénière, pour valider, modifier, reformuler ou convenir une décision, qui est alors rédigée, avec un exposé de ses motifs.
  4. Si le consensus paraît obtenu, on le confirme par un vote (à bulletin secret si quelqu’un le demande), vote qui doit être unanime, ou accepté explicitement par les abstentionnistes. Si des divergences durables opposent clairement des groupes homogènes (jeunes/vieux, démunis/fortunés, etc), on s’interdit de passer au vote.
  5. A défaut de consensus, la décision est renvoyée à une AG ultérieure. Si toutefois il y a une urgence impérative, un vote tranche, à la majorité des trois quarts des présents.
  6. Si un adhérent oppose un refus ferme à toute solution de compromis admise par les autres, on peut lui proposer de s’en expliquer à froid, en tête à tête, avec un « médiateur » ; puis lui faire entendre que « si ça t’est insupportable, ne le supporte pas, ne le fais pas supporter aux autres : la porte est ouverte ».

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Il est en outre convenu que :

  • Les décisions acquises, même non unanimes, s’imposent à tous les adhérents, anciens ou nouveaux.
  • Elles ne peuvent être mises en cause que si des éléments nouveaux et importants sont évoqués, et sont considérés comme tels par un vote ordinaire : la révision de la décision est alors mise à l’ordre du jour d’une AG.
  • Cela implique que les décisions antérieures soient d’une part accessibles, d’autre part claires et motivées ; un travail important est à mener pour les collationner, et le cas échéant les mettre en forme.

Rappel de l’éthique de La Jeune Pousse

Les valeurs de la Jeune Pousse sont celles de la charte d’Habicoop avec comme but :

  • Organiser une mixité sociale et générationnelle
  • Diminuer l’empreinte écologique du projet par ses choix architecturaux et techniques, son territoire d’implantation, son fonctionnement au quotidien.

Depuis, nous avons pu comparer notre travail sur le consensus avec les proposition faites dans un article paru dans le magazine « Silence » .

Les balades architecturales

Les balades architecturales

Par Françoise

L’idée de faire des balades dans la ville en train de se transformer, m’est venue en pensant à ce nouveau « quartier » de la Cartoucherie, difficile à imaginer et qui va être en chantier pendant une période assez longue, même après l’installation d’Abricoop.

Les-Cités-Obscures-3Il y avait aussi les échanges que nous avions dans certaines commissions, au sujet de l’architecture du bâtiment, nos références n’étaient pas toujours les mêmes, et pour que ces discussions ne restent pas stériles, il me semblait important que nous puissions nous repérer à partir d’exemples vus ensemble.
J’avais apporté des revues d’architecture et d’urbanisme, mais n’était-il pas préférable de voir les bâtiments in situ, dans leurs rapports les uns aux autres et à l’espace public, pour comparer et apprécier ensemble tel ou tel agencement, tel ou tel aménagement, tel ou tel détail… J’aime me promener dans les villes, et pas seulement dans les centres historiques ; des associations comme « la Gargouille », qui proposent des visites dans les « quartiers », m’ont permis de mieux connaître Toulouse « hors les murs » et j’aime à mon tour faire partager mes découvertes.

Fabrice et François m’ont encouragée à mettre ce projet en forme…

Nous avons commencé par une belle journée de juillet, en nous donnant rendez-vous aux Arènes pour prendre le tram ; les transports en commun sont un excellent moyen pour découvrir des secteurs de la ville que nous ne connaissons pas, et dans ce cas nous allions au bout du monde, en bout de ligne, à proximité des grands hangars d’Airbus. La visite des différentes strates d’urbanisation de Blagnac aurait pu occuper la journée, mais nous allions dans la Zac en cours de réalisation. Quelques jours avant, une jeune amie architecte qui vient de s’y installer avec sa famille m’avait initiée à son nouveau quartier, je me sentais presque familière des lieux.

Img 13_Cites_obscures_3De 4 à 74 ans, dans la poussette ou sur deux pieds, vaillamment nous avons arpenté les rues et les espaces intérieurs d’ensembles résidentiels très différents les uns des autres, mais inscrits dans un plan d’ensemble que nous avions pu découvrir en maquette dans l’espace aménagé par Oppidea. Après un déjeuner pris sur place, quelques courageux ont voulu poursuivre la visite bien qu’il fasse très chaud et nous sommes allés plus au nord, là où le quartier est encore en chantier.
Je ne crois pas utile d’en dire plus sur cette visite, mais déjà nos conversations prenaient un tour moins abstrait, puisque nous nous référions à des choses vues ensemble.
Cet automne j’ai voulu proposer une nouvelle visite de cette même Zac, mais le jour était mal choisi, à moins que le nombre important de réunions de la Jeune Pousse en ait retenu certains de dégager une journée pour cette balade, nous étions moins nombreux et nous ne sommes resté que le matin, chacun ayant à faire…

Entre temps, nous étions allés à Borderouge, où habite Tess et où j’avais enquêté auprès d’habitants qui ont choisi de vivre dans des résidences fermées ; j’avais aussi analysé les espaces publics que des paysagistes bien intentionnés ont essayé de créer « après-coup », avec des sentiers réservés aux piétons et aux vélos, en lien avec un « parc » où se situe l’annexe du Muséum dont nous avons goûté l’ombrière en lattes de bois… L’immeuble de Tess n’étant pas encore totalement habité, nous nous sommes posé des questions sur les raisons de cette désaffection, tout en mangeant un fameux gâteau…Les-Cités-Obscures

J’ai eu aussi envie de faire découvrir un quartier plus ancien et assez méconnu, celui d’Empalot, qui est en pleine restructuration, avec de grandes « barres » en cours de démolition et des constructions nouvelles, moins hautes. A proximité, François nous a fait découvrir le tout nouveau jardin de l’ancienne caserne Niel dont il avait suivi le chantier ; un jardin situé à proximité de la maison des associations logée dans un des anciens bâtiments de la caserne.

Nous n’étions pas très nombreux, mais j’espère que chacun a pu apprécier les espaces plantés et certaines qualités d’espaces publics, dans une « cité » relativement proche du centre ville.

Les-Cités-Obscures-2Une autre visite « partagée » a été possible, à l’initiative d’une association d’urbanistes ; bien qu’il fasse froid, nous étions 4 ou 5 de la Jeune Pousse à nous y retrouver, pour apprécier les aménagements urbains de la Zac de Vidhaillan à Balma , notamment les jardins publics et un jardin intérieur commun à plusieurs résidences,dessiné pour devenir un jardin potager collectif. Ces visites faites en compagnie des professionnels apportent une autre vision des quartiers en formation, peut-être faudra-t-il les faire désormais avec l’équipe de maîtrise d’œuvre qui sauront mieux que je ne le fais donner des informations de « première main »…

Pour ma part, je vais continuer à proposer d’autres balades, dans le parc du Mirail par exemple, et peut-être que certains auront envie de parcourir les yeux en l’air certains quartiers du centre que nous ne prenons pas le temps de regarder, ou d’autres lieux que d’autres « jeune poussiens » voudront nous faire connaître, dans les communes de l’agglomération, du côté de Cugnaux par exemple !?

Françoise

Un apéro d’emménagement … original

Début Avril 2018

ça y est les tout premiers cartons sont posés.
Fraîchement arrivée, pas vraiment déménagée, l’appartement commence à se remplir : Tess me prête un évier, Geneviève son frigo, Chloé et Ludo des plaques.

Toute contente, je croise Cécile et lui propose un apéro. Ni une, ni deux, arrivent Michèle avec du Vouvray, Geneviève avec des chaises, Guillaume avec des graines à grignoter, Tess avec son kéfir. Jean nous rejoint.

On discute, on apprécie d’être ensemble. Mais Jean a l’air absent, son pied est bleu, énorme.

– Et le médecin , il en dit quoi  ?

– Ben j’ai rendez-vous dans 2 jours …

– Tu ne peux pas rester comme ça ! Allez vient on t’emmène aux urgences.

Et ni une ni deux, nous voilà, en voiture, à pied (Purpan est à 10 min à pied), en route pour les urgences. Jean est rapidement pris en charge, Guillaume part avec lui.  Nous attendons des nouvelles dans la salle d’attente, poursuivant notre apéro, traitant de nos sujets collectifs. Et heureux de ce dire que c’est bien d’être là, nombreux aux urgences. C’est une évidence, la coopérative, c’est ça, une solidarité des habitant·e·s au quotidien, dans les bons moments comme dans les moments plus difficiles.

Marion 

Rencontres inter-projets 23 septembre 2018

Les sociétaires toulousains d’Hab-Fab et Abricoop, première coopérative d’habitants en Occitanie,  ont accueillis plus de 50 participants lors d’une journée d’échange entre groupes et personnes intéressées par l’habitat participatif.

Les groupes présents

Et toujours pour découvrir les autres projets de la Région, les cartes d’HabFab

Des tables rondes autour du thème du partage ont ensuite été auto-animées par les participant.e.s. Merci à Cécile, Stefan, Gilles et tous.tes. les autres pour les comptes-rendus de ces riches échanges.

 

Partage des temps de vie : Repas, jardinage, fêtes, convivialité au menu

Les participants ont échangé autour de l’organisation de temps festifs et de leur ouverture à l’intérieur de l’habitat mais aussi à extérieure de celui-ci : voisinage, quartier. Ils se sont questionnés sur la question du partage de  tâches « ingrates » entre les différents participants de l’habitat (nettoyage parties communes, gestion de l’arrosage en cas d’absence…) ;

Les limites du partage : Et moi dans tout ça ? :

Champ apparu comme très vaste à parcourir.
Un questionnement important est apparu sur la création d’un cadre réglant le partage. Celui pouvant émaner de la charte présidant à l’habitat participatif mais devant avoir la possibilité d’être évolutif, dynamique et relié au fonctionnement de l’habitat.
Les champs du partage ont été aussi évoqués : les limites pouvant s’étendre et varier selon le champ concerné : partage des moments, des lieux, de l’espace, des prises de décisions…
Une limite exposée était celle de la sécurité et du rapport à un règlement intérieur permettant de cadrer cette dimension.
Un questionnement a été posé dans le rapport à l’extérieur : la dimension du partage varie-t-elle dans l’interaction avec l’extérieur (dans le rapport à la ville, au quartier, au voisinage…). Cette dimension est directement liée au cadre du projet général du projet.

 

 

Un ensemble de remarques a été exposé sur la question de la gestion du relationnel :

  • La question du temps et de l’espace de parole (dans l’idée de la place de chacun dans les instances gérant l’habitat et la place faîte à ces questions) ;
  • L’expression individuelle et l’usage du « Je » (dans l’idée de l’expression individuelle de ces besoins) ;
  • L’importance de l’expression des représentations individuelles des habitants sur la notion de partage (c’est à dire que soit exprimé ce que chacun met derrière cette notion et ces limites propres) ;
  • Des postures d’attention à l’autre, de bienveillances (« prendre soin des uns et des autres ») sont à favoriser ;
  • Une vigilance est à développer sur l’équilibre entre le collectif et l’individuel (que l’un ne prenne pas le pas sur l’autre et réciproquement) ;
  • La question de comment et où se former à la question de la gestion relationnelle.

Partage de services : Au printemps ça monte des placards, l’été ça arrose !

Les participants ont échangé autour des notions de confiance et règles.
Un ensemble de services a été cité comme propice à faire l’objet d’une mutualisation :

  • Achats groupés : aller chercher les paniers, aller acheter directement à la ferme et proposer aux voisins.
  • Gestion des absences : arrosage, gestion des animaux domestiques ;
  • Services de petit bricolage ;
  • Baby-sitting ;
  • Les enfants : les laisser à la surveillance des voisins, organiser un pédibus ou du covoiturage pour les déposer à l’école, à l’arrêt du car ou aux activités extrascolaires, etc.
  • Prestations groupées (par ex. coiffeur) ;
  • Réception des colis.

Certain.e.s participant.e.s  vivant déjà en collectif ont du réfléchir pour trouver tous ces exemples qui sont entrés dans le quotidien, au point qu’on ne réalise plus qu’on rend service, tant cela semble naturel.

Partage de la propriété et du capital : Là on est dans le dur !

On s’est d’abord interrogé sur quels accompagnateurs et pour quoi ?

  • Architectes, promoteurs
  • Banquiers,juristes
  • Accompagnateurs juridique, financier, de groupe (Hab-fab en Occitanie)

Il n’y a pas encore d’interlocuteur officiel de l’habitat participatif, et il y a peu de professionnels vraiment à la page (demander au sein du réseau pour avoir un bon notaire, un bon comptable, etc.)

Nous avons distingué la forme « coopérative d’habitants » où la propriété est collective, les coopérateurs détiennent des parts et non des logements,et la propriété sous forme d’accession, ou classique.

La première question à se poser est : comment percevons-nous le logement ? Est-ce que le droit d’habiter est supérieur ou inférieur au droit de propriété ?
De là découle le partage du capital.
En coopérative, le logement est retiré du marché, les parts sociales sont revendues au prix d’achat. Sinon le logement est revendu au prix du marché, plus-value etc.

En coopérative le droit d’habiter n’est pas héritable, on hérite de parts sociales et si on veut habiter le logement du défunt il faut être coopté par le reste du groupe.
En coopérative pour avoir une mixité sociale, il faut une solidarité entre ceux qui ont de l’apport et/ou un bon salaire, et ceux qui n’en ont pas. (statuts et charte sont importants pour ancrer ces valeurs et fixer les limites de la solidarité financière).
Chaque coopérateur a une voix , quel que soit le nombre de parts sociales détenues. Toutefois, on s’efforce de prendre des décisions au consensus ou au consentement.
Il est possible de rejoindre la réunion juridique et financière mensuelle (par téléphone, le 1er lundi de chaque mois) de Habicoop qui ne concerne que les coopératives d’habitants.

Un questionnement important est apparu sur l’accompagnement des collectifs sur cette dimension du projet en particulier sur les aspects techniques, relationnels et dans le rapport à l’institution ;

Un autre est apparu sur la participation individuelle au capital : Comment gérer le remplacement d’un associé ; Quelles dispositions statuaires le permettent ?

Un autre sur la question de la gouvernance et son lien à l’apport de capitaux individuels. Cette dimension connaît des variations selon les projets et leur statut juridique (d’un fonctionnement avec 1 personne = 1 vote jusqu’à la recherche de compromis voire de consensus) ; c’est lié à la péréquation entre le revenu, le capital de départ (investi dans le projet) et la participation
individuelle.

Toutes ces dimensions peuvent varier en fonction du projet et doivent être adaptées aux objectifs poursuivis par le collectif.

Un autre questionnement a été évoqué sur la disponibilité des ressources concernant cette question : où les trouver ?
Il est organisé des réunions sur le sujet par Habicoop, dont le site est une ressource pour ceux et celles qui veulent se lancer en coopérative !

Partage au fil du projet : Pas besoin d’habiter encore ensemble !

Sur cet item, les participants ont échangé autour les notions suivantes :

  • Un partage sur les idées, les valeurs en particulier celles de tolérance et de solidarité ;
  • Un rapport au donner/recevoir ;
  • La question de l’écoute (dans le sens de la capacité d’écoute des participants entre eux et dans le projet) ;
  • Les réunions sur le projet sont importantes mais il doit d’exister d’autres activités collectives pour créer un lien entre les participants ;
  • Un lien au territoire peut être créé ;
  • Prendre le temps de partager entre les membres du projet ;
  • La question « d’être soi » et de construire des outils pour se connaître (individuellement et collectivement) ;
  • La dimension de l’empathie à développer entre les membres du projet ;
  • La création de liens inter-générationnels ;
  • La création de critères (définissant le projet) reprenant les aspirations individuelles pour en créer des communes ;
  • La création d’une charte permettant une gestion du quotidien et des modalités de prises de décisions ;
  • Le montage juridique et son rapport à la représentation du projet à l’extérieur et auprès des bailleurs sociaux.

Partage d’expérience : Faire réseau

Nous nous sommes interrogés sur ce que nous attendions du réseau :

  • Accéder à des ressources et informations, acquérir des compétences ;
  • Partager les expériences ;
  • Faciliter les partenariats- augmenter la capacité de l’expression citoyenne ;
  • Faire du lobbying afin d’améliorer les conditions ;
  • Essaimer ;
  • Faire connaître son projet et recruter d’autres personnes

Pour faire fonctionner un réseau, il faut

  • Des personnes concernées : nous sommes nombreux ;
  • Des réponses aux demandes et attentes des participants ;
  • Des connexions : journée inter-projet, plate-forme sociétaires Hab-Fab et … à inventer ;
  • Des engagements et apport (sans apports et engagements, pas de réseau)

C’est à chacun.e de s’interroger sur ce qu’i.elle peut faire pour le réseau ?

 

Journées portes ouvertes – Mai 2018

Le 26 mai, à l’occasion d’une journée où le vent d’autan était justement tonitruant, l’îlot d’habitat participatif Aux 4 vents a ouvert les portes de ses espaces partagés à presque 200 visiteurs. Des visites guidées, différents ateliers (initiation au compost, au yoga…), différents espaces (jeux, contes pour petits et grands…) et des petits plats faits maison leur étaient proposés tout au long de la journée.

Cette journée Portes Ouvertes s’inscrivait parmi les 150 événements du mois des portes ouvertes européennes de l’habitat participatif et est porté en France par la Coordin’action des associations de l’habitat participatif, depuis 5 ans.

Les coopératives d’habitants c’est…le choix des matériaux

Les membres d’une coopérative d’habitants en tant que maître d’ouvrage conçoivent leur projet immobilier et peuvent ainsi décider des matériaux utilisés. Nous vous proposons des retours d’expériences de deux projets sur cette thématique.
Retour d’expérience 2/2 – Abricoop à Toulouse

C’est à Toulouse que la coopérative d’habitants Abricoop est née. L’association « La Jeune Pousse » avait candidaté pour obtenir un terrain dans l’écoquartier de la Cartoucherie fin 2013. Un an après, la coopérative est créée.

Dès le commencement de cette aventure collective, les membres d’Abricoop ont fixé plusieurs exigences en termes d’économies d’énergie. En accord avec le maître d’œuvre, le bailleur et la mairie, le groupe souhaite faire de l’éco-construction une des valeurs fondamentales de leur projet. Le groupe a mis en place des actions pour compléter leur savoir, notamment un atelier technique.
Les membres du groupe avaient la volonté de construire le bâtiment avec des matériaux biosourcés, mais ils ont été « rattrapés par la réalité ». A Toulouse, les contraintes incendie sont très strictes, empêchant l’utilisation de nombreux matériaux biosourcés. Pour faire du logement écologique à même prix que le logement social classique, il a fallu faire des concessions. S’ajoute donc la contrainte budgétaire : construire une ossature en bois coûte plus cher qu’une ossature en béton, les membres sont donc partis sur une structure porteuse en béton. Au début, il était question d’utiliser comme isolant de la fibre de bois, mais en raison du coût, le groupe a opté pour la laine de verre.

Ces concessions n’empêchent pas la réussite du projet sur plusieurs points plus positifs : les « murs pignons », les façades Nord et Sud et une partie du bardage sont toutes en structure bois. Du « marmoleum » (revêtement sain à base de caoutchouc naturel) a été choisi pour le sol. Une moitié de la toiture est végétalisée pour faciliter l’écoulement des eaux de pluie et adapter la consommation d’énergie à la saison (c’est-à-dire apporter de la fraîcheur en été), l’autre moitié est accessible.

Dès le début, il y a eu une volonté commune de travailler avec les architectes sur le programme . Pour que le bâtiment réponde aux critères écologiques, deux points ont été particulièrement travaillés : l’isolation et l’inertie thermique.
  • Abricoop a participé au concours de l’ADEME en 2014 dans le cadre de l’appel à projets « Bâtiments économes de qualité environnementale en Midi-Pyrénées » et a fini 2e. Suite à cela, Abricoop a obtenu la certification « Habitat et environnement » et s’inscrit dans la course au label « Très haute performance énergétique ». Abricoop paye pour bénéficier de cette certification. Le « chantier propre » est contrôlé pour que soit respecté le recyclage des matériaux inutilisés. Cette reconnaissance écologique est justifiée : malgré les contraintes, Abricoop se situe 20 % au-dessus de la norme actuelle d’isolation thermique.
  • L’inertie des murs en bétons rajoute de la masse à l’immeuble et permet de « différer le changement de température ». Le jour, la fraîcheur accumulée durant la nuit se conserve, et inversement, la chaleur produite le jour permet de chauffer les pièces pendant la nuit. Cela limite les pertes d’énergie, en cela le bâtiment est « passif ».L’orientation des façades a également été pensée dans cet objectif.

L’emploi de matériaux écologiques a amélioré d’autres domaines : l’acoustique (un aéroport survole la zone, d’où l’accent mis plutôt sur l’épaisseur des dalles, des murs… que les matériaux eux-mêmes), la consommation d’énergie, et la pédagogie (apprendre le bon usage du logement).

En fin de compte, la réflexion approfondie sur le choix des matériaux de construction reflète le souci de concertation de la coopérative avec les différents acteurs. La coopérative d’habitants entretient des rapports directs avec la mairie, la maîtrise d’œuvre, et le bailleur. Cependant, les familles qui habiteront dans ce bâtiment restent actrices du projet. Elles définissent elles-mêmes quels sont les matériaux qu’elles souhaitent mettre en œuvre pour réaliser leur immeuble, et avisent en fonction des contraintes.

Extrait de la Newsletter d’Habicoop

Un article dans le Monde

Voici un article du Monde sur l’habitat participatif citant deux de nos stars — Michèle et Véronique ( sans être forcément fidèle à leur propos, soit dit en passant …)

Les Français découvrent l’habitat participatif

Concevoir son logement avec d’autres connaît un vif succès auprès des futurs propriétaires

Les Français se convertissent à l’habitat participatif, ce modèle qui consiste, pour les futurs habitants, à concevoir eux-mêmes leurs logements, avec des espaces collectifs en nombre. Pour s’en rendre compte, il suffisait de se rendre aux 4es Rencontres nationales de l’habitat participatif, qui se sont déroulées à Marseille du 9 au 11  juillet. Déjà plus de 400 groupes d’habitants se sont formés en France, dont 300 sont parvenus à l’étape du projet. La loi pour l’accès au logement et un urbanisme rénové (loi ALUR du 24  mars  2014) a contribué à cette reconnaissance institutionnelle en créant deux cadres juridiques : la coopérative d’habitants et la société d’autopromotion, qui attendent encore leurs décrets d’application.

« Bâtie avec douceur »

A Montpellier, l’aventure commence à l’heure de l’apéritif, à la brasserie du Dôme, où se retrouvent, deux mardis par mois, les candidats à un habitat participatif. La ville a déjà lancé trois appels à projets sur des parcelles réservées à des groupes d’habitants. Trois ans après son lancement, le projet Mascobado (pour  » maison coopérative bâtie avec douceur « ) est bien engagé. Vingt-trois familles vont emménager en  2016 dans deux immeubles implantés sur un superbe terrain bordé de vignobles et d’un vaste parc, à 10 minutes du centre de Montpellier par le tram.

« La municipalité ne nous a pas fait de cadeau sur le prix du foncier, raconte Fréderic Jozon, accompagnateur du projet et futur habitant, et l’opération est située sur une zone d’aménagement concerté, avec son lourd cahier des charges, ses contraintes, la définition stricte du nombre de mètres carrés constructibles, de la hauteur des bâtiments et de leur emprise… »

La municipalité a imposé à Mascobado un maître d’ouvrage professionnel, le bailleur social toulousain Promomidi, qui pilote le chantier et assume les risques, ce qui rassure entrepreneurs et banquiers. La ville a aussi exigé qu’un accompagnateur, la société spécialisée Hab-Fab, anime les réunions et les débats de la cinquantaine de futurs habitants et fasse émerger le consensus et le projet. « Toutes ces réunions, plusieurs fois par semaine, c’est un vrai travail, cela prend du temps, mais nous sommes heureux de nous y retrouver, car on y apprend beaucoup de choses, y compris sur soi et les autres », s’enthousiasme Elsa, la quarantaine, qui a tout de suite adopté ce projet.

Cet encadrement par les collectivités locales fait sourire les anciens militants de l’habitat groupé autogéré des années 1980, qui se débrouillaient seuls. Mais il a des avantages : il résout la question, devenue cruciale avec la hausse des prix depuis 2000, de l’apport du terrain, sur laquelle nombre de groupes buttent et se découragent, en concurrence inégale et souvent court-circuités par de meilleures offres émanant de promoteurs ; surtout, il permet de concrétiser les projets dans des délais raisonnables.

Autre avantage, la conception des immeubles par les futurs habitants aboutit à des architectures radicalement différentes de celles de la promotion classique, qui cherche à standardiser les appartements, à diminuer les surfaces communes et à limiter les occasions de rencontres entre voisins. Ici, c’est l’inverse, et on trouve partout de généreux espaces communs : salle polyvalente, atelier de bricolage, buanderie, chambres d’amis mitoyennes et communes, mais aussi jardin potager, verger, toits-terrasses en ville… « A Mascobado, le plus bel espace est le toit-terrasse avec vue sur les vignobles, et il reste collectif, alors que, dans n’importe quel projet traditionnel, il aurait été privatisé », se félicite Frédéric Jozon.

L’habitat participatif a connu une renaissance au milieu des années 2000, mais il est longtemps resté un thème de colloques et de recherches universitaires « plus nombreux que les projets eux-mêmes : une quarantaine de thèses sont en cours sur le sujet ! », dit en souriant Anne d’Orazio, architecte et urbaniste. La présence, à ces Rencontres, non seulement de groupes d’habitants et d’architectes, mais désormais de notaires, de banquiers, de caisses de retraite, d’élus, de bailleurs sociaux et de nouveaux métiers – accompagnateur, facilitateur, coach et autres formateurs –, fait changer d’échelle ce mouvement autrefois confidentiel, voire marginal. Les collectivités locales envisagent désormais sérieusement cette troisième voie de production de logements, et pas un écoquartier ne sort de terre sans sa dose expérimentale d’habitat participatif.

« Afficher ses valeurs »

Une quarantaine de villes et régions sont membres de la plate-forme d’échange d’expérience des collectivités sur ce sujet : les onze villes fondatrices – dont Strasbourg, Montreuil, Lyon et Grenoble – rejointes par Lille, Bordeaux, Rennes, Avignon, Marseille…

« L’implication nouvelle des bailleurs sociaux permet, en ouvrant ces logements à leur public, de démocratiser un processus qui pourrait rester l’apanage d’une classe moyenne que certains appellent les culturels créatifs” – professeurs, travailleurs sociaux, journalistes, communicants… – , analyse Anne d’Orazio. Et le turnover naturel des locataires sociaux assure, dans ces immeubles, un mélange souhaitable des générations. » Claire Carriou, sociologue à Nanterre, renchérit : « L’affaiblissement des systèmes de protection sociale et le risque réel ou ressenti de déclassement poussent à la propriété, mais aussi à maîtriser son environnement, à avoir prise sur sa vie et à afficher ses valeurs dans son mode d’habitat. »

Lors des Rencontres marseillaises, une trentaine de bailleurs sociaux étaient présents. Telle Anne Chemier, déléguée à l’habitat participatif à l’Union sociale de l’habitat, qui déclare : « Nous avons besoin de la participation d’habitants qui croient à l’engagement citoyen, créent du lien social et nous bousculent dans nos habitudes de travail, en nous obligeant à mieux prendre en compte les usagers dans la conception de nos immeubles. »

Isabelle Rey-Lefebvre

Les seniors, une composante de ce nouvel art de vivre

Pas un groupe ni un projet d’habitat participatif qui ne revendique une dimension intergénérationnelle et ne compte quelques seniors.  » C’est très important pour moi de vivre à côté de jeunes ménages, de leur rendre des services, de me sentir utile jusqu’au bout. Les maisons de retraite et les mouroirs, non merci ! « , lance Michèle Gral, 62  ans, retraitée de l’informatique.

Pour aider au financement de projets, les caisses de retraite mettent d’ailleurs la main au portefeuille. « Le projet Abricoop Jeune Pousse, de dix-sept logements, à Toulouse, fort de sept ou huit retraités dont un âgé de 78  ans, a pu obtenir un prêt de 380 000  euros, à taux zéro, sur vingt ans, de la Carsat, Caisse d’assurance retraite et de la santé au travail, raconte Véronique Berthet de l’association Jeune Pousse, mais, en contrepartie, nous nous engageons à organiser des ateliers ‘mémoire’ et ‘équilibre’ pour eux. »

A Vaulx-en-Velin, dans la banlieue de Lyon, le projet Chamarel est majoritairement destiné à des seniors. « Nous nous posons la question de la vieillesse et de l’éventuelle perte d’autonomie. Nous avons été confrontés à ce problème avec nos propres parents et ne voulons pas laisser ce fardeau à nos enfants », explique Chantal Nay, 68  ans, ancienne institutrice. « Et puis nous souhaitons rester maîtres de notre vie jusqu’à la fin, être actifs le plus longtemps possible, en poursuivant nos engagements associatifs. » Chamarel envisage seize petits logements accessibles aux handicapés et prévoit, dès sa conception, les réseaux d’alarme et de veille indispensables.